19 juin 2005 : Quatrième et dernière manche. Au Liban Nord, les chrétiens ont 15 sièges (9 pour les maronites, 6 pour les grecs-orthodoxes) ; les musulmans en ont 13 (11 sunnites, 2 alaouites). Participation massive (pour une élection libanaise) de près de 50 %. Saad Hariri "gagne" à Tripoli.
Après ce marathon électoral, on retrouvera au Parlement les blocs confessionnels de toujours : le bloc sunnite de Hariri (mené maintenant par le fils), les blocs chiites Amal et Hezbollah, le bloc druze de Joumblatt, le bloc maronite (avec Aoun - qui n'a enlevé que 14 des 34 sièges disponibles, mais c'est déjà un changement notable*) et le "bloc des indépendants". En somme, beaucoup de bruit pour pas grand-chose. Mais pour la presse occidentale, il ne fait aucun doute que "l'opposition antisyrienne l'a emporté".
* Le général Aoun est probablement le plus imprévisible de tous les chefs politiques du Liban 2005. Bien qu'"oppositionnel", il refuse cependant de s'allier avec les autres leaders présentés comme tels (Joumblatt, Hariri). Ennemi juré de la Syrie, qui est à l'origine de son exil parisien, il se réconcilie avec le Hezbollah et fait front commun avec ce parti soutenu par Damas. La question est de savoir si cette brusque volte-face de dernière minute est à prendre au sérieux ou s'il ne s'agit pas tout simplement d'une des innombrables péripéties dont le monde politique libanais est coutumier.
Chacun des grands blocs parlementaires comporte des éléments d'autres confessions : 9 sur 36 des pro-Hariri ne sont pas sunnites ; 8 sur 16 des pro-Joumblatt ne sont pas druzes ; 2 sur 29 des pro-Amal-Hezbollah ne sont pas chiites. Ces éléments, comme le souligne le quotidien libanais L'Orient Le Jour, peuvent encore choisir de ne pas suivre les chefs de file des listes sur lesquelles ils ont été élus. C'est chose courante au Liban. "Comme sur le marché du football, des transferts politico-parlementaires sont encore possibles", précise le journal de Beyrouth.
21 juin 2005 : Pour rappeler au monde que la fin des élections ne signifie pas la fin de l'intervention étrangère, bien au contraire, un nouvel attentat à la voiture piégée tue Georges Haoui, ex-secrétaire général du parti communiste libanais - un "antisyrien", cela va de soi. George Bush, qui vient de féliciter les Libanais pour leurs élections démocratiques,* va-t-il déclencher les hostilités contre Damas pour "venger" la mort d'un ancien chef communiste ?...
* Comme chacun sait, le "président" américain est un expert en la matière.
Au Liban même, le Hezbollah - qui vient de remporter 14 sièges contre 12 précédemment - reste la cible numéro un des Israélo-Américains.
27 juin 2005 : Nabih Berry, chef "prosyrien" du mouvement Amal, restera président du Parlement libanais. Ce poste revient d'office à un chiite, et le Hezbollah n'a pas l'intention de lui faire concurrence. Mieux encore, le bloc "oppositionnel" Hariri (Courant du futur) a décidé d'appuyer la candidature de Berry. Il est probable que les chiites renverront l'ascenseur au leader sunnite quand il s'agira de choisir le Premier ministre. Et si Hariri est pour, Joumblatt ne va pas être contre. Il soutient donc lui aussi Berry, mais sans qu'on sache trop ce qu'il attend en retour. C'est ça, la politique libanaise : les alliances se font et se défont, tous unis dans la division, la stabilité dans la volatilité...
Pour ce qui est du fauteuil présidentiel, le général Aoun devra patienter, car Emile Lahoud, le "prosyrien" dont les fonctions expirent en 2007, refuse de démissionner (il doit se prendre pour Chirac*).
* Nous attendons d'ailleurs avec impatience que le guignol élyséen réclame la démission de Lahoud.
Il est clair que le changement voulu par les néo-cons ne pourra pas avoir lieu dans le cadre de ces institutions et avec cette "opposition". Les prochains attentats ne vont pas tarder...
29 juin 2005 : Israël bombarde le Liban sud. Le Hezbollah riposte par un pilonnage des fermes de Chebaa, une portion de territoire libanais encore occupée par les envahisseurs sionistes - voir plus haut.
Au Parlement de Beyrouth, tout le monde est d'accord pour désigner comme Premier ministre le "bras droit" de Saad Hariri, Fouad Siniora. (Siniora a été ministre des finances de 1992 à 2004. Quand les Syriens étaient au Liban, il était "prosyrien" comme tout le monde ; à présent, il est bien entendu "anti".) Le général Aoun, qui soutient lui aussi Siniora, s'est "réconcilié" avec ses anciens adversaires - qui était-ce au juste ?...
12 juillet 2005 : Nouvel attentat à Beyrouth. Cette fois, c'est le ministre de la Défense sortant Elias Murr (donc un "prosyrien") qui est visé. Murr est seulement blessé, mais il y a deux morts. Va-t-on encore une fois accuser la Syrie ?...
Depuis une dizaine de jours, des négociations sont en cours pour former le nouveau gouvernement. Selon les règles en vigueur, il doit y avoir 24 ministres : 12 musulmans (5 sunnites, 5 chiites et 2 druzes) et 12 chrétiens (5 maronites, 3 orthodoxes, 2 grecs-catholiques et 2 arméniens). Chacun des quatre grands ministères (Défense, Intérieur, Finances, Affaires étrangères) revient de droit à un des quatre grands groupes confessionnels (sunnites, chiites, maronites, orthodoxes). Les négociations tournent autour de deux questions importantes : 1) Aoun va-t-il participer au gouvernement ? (il est pour, tout en étant contre) - 2) Le Hezbollah va-t-il obtenir le portefeuille des Affaires étrangères comme il le réclame ? On imagine la réaction israélicaine si le parti chiite parvient à s'imposer : une "révolution" pour rien.
Il n'est pas exclu que le nouvel attentat ait un rapport avec cette question.
20 juillet 2005 : Fouad Siniora présente son cabinet. Le nouveau ministre des Affaires étrangères (Faouzi Salloukh), sans être affilié au Hezbollah, est néanmoins proche de ce parti et du mouvement Amal. On a donc trouvé un compromis qui semble satisfaire tout le monde - sauf les Américains, qui s'empressent de réitérer leurs menaces. Washington et Tel Aviv digèrent mal le fait qu'un autre des cinq ministres chiites (Mohammed Fneich, Énergie et Eau) soit membre du Hezbollah (c'est une première), et qu'un troisième (Trad Hamadé, ministre du Travail) soit un sympathisant du Parti de Dieu. Au lieu de polariser les forces politiques, le nouveau gouvernement fait l'union nationale - à la seule exception des partisans d'Aoun qui ont préféré rester sur la touche.
A la frontière irakienne, les troupes américaines ouvrent le feu sur des soldats syriens sous prétexte de "chasse aux terroristes". Cette nouvelle guerre qui tarde à venir a pour certains quelque chose de frustrant...
22 juillet 2005 : Nouvel attentat à Beyrouth, dans le "quartier des noctambules". Il y a une douzaine de blessés et de lourds dégâts matériels.
24 juillet 2005 : Condoleezza Rice, ministre américaine de l'immixtion dans les affaires étrangères, est en visite à Beyrouth où elle rencontre Saad Hariri et Michel Aoun (mais pas le nouveau premier ministre). Hariri ("ex-oppostion victorieuse") et surtout Aoun ("nouvelle opposition") sont à présent les deux atouts de la junte de Washington. Joumblatt ne convient plus, car il soutient maintenant le Hezbollah et rejette la résolution de l'ONU qui réclame le désarmement du parti chiite : "La Résistance nationale et islamique est le symbole même de la dignité, de la fierté. Elle est l'immunité du corps libanais national et islamique, l'immunité pour notre unité, notre indépendance réelle et notre souveraineté... L'insistance occidentale quotidienne concernant la résolution 1559, qui s'écarte de tous les usages, vise à faire perdre au Liban l'élément principal de sa protection et à lui imposer une hégémonie..."
De toute évidence, le Hezbollah s'est très bien adapté à la situation nouvelle, tissant un réseau d'alliances tous azimuts qui devraient rendre encore plus difficile, dans des conditions normales, les projets israélo-américains. Il ne sera guère possible d'isoler, de désarmer et d'écraser ce parti sans recourir à la force brute et sans entraîner les autres groupes libanais dans le conflit.
7 août 2005 : Visite du président syrien Bachar El-Assad à Téhéran, à l'occasion de l'entrée en fonctions du nouveau président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Les deux pays, pareillement menacés par les Etats voyous de l'axe américano-sioniste, décident de se serrer les coudes face au danger. Reste à savoir si cette déclaration d'intention sera suivie de mesures concrètes.
22 août 2005 : Attentat à Zalka, près de Beyrouth - une dizaine de blessés légers et de lourds dégâts matériels.
31 août 2005 : Detlev Mehlis, chargé depuis le 17 mai de "l'enquête" sur l'assassinat de Rafic Hariri, aboutit enfin au résultat désiré par ses commanditaires : les "coupables" sont des "prosyriens". L'Allemand fait arrêter quatre hauts fonctionnaires libanais, dont le chef de la garde présidentielle d'Emile Lahoud et trois généraux des services de renseignement et de la police.
17 septembre 2005 : Attentat à Achrafieh, un quartier de la capitale - un mort et 22 blessés.
25 septembre 2005 : Une journaliste chrétienne est blessée dans un attentat.
21 octobre 2005 : Mehlis présente son rapport accusant la Syrie. Avec la complicité du gouvernement français, les USA s'apprêtent à saisir le Conseil de Sécurité de l'ONU.
Le gouvernement de Beyrouth, lui, semble suivre une autre piste. Selon Al-Jazeera, le ministère libanais de la Justice s'intéresse de près à des "Australiens" qui auraient quitté le Liban en catastrophe quelques heures à peine après l'attentat du 14 février. Ce détail ne manque pas de piquant quand on sait qu'une des tactiques du Mossad consiste précisément à voler des passeports étrangers vierges pour les "attribuer" à des "terroristes islamistes" (deux Israéliens se sont fait prendre la main dans le sac en Nouvelle-Zélande en juillet 2004).
31 octobre 2005 : Le Conseil de Sécurité vote à l'unanimité une résolution par laquelle la Syrie est sommée de coopérer à l'enquête sur la mort de Hariri (sous-entendu : dans l'esprit du rapport Mehlis). Les USA et leurs laquais n'ont pas vraiment obtenu ce qu'ils voulaient, à savoir la menace de "sanctions" économiques et politiques en cas de "non-coopération". Cependant, la lâcheté de certains gouvernements (Russie et Chine en premier lieu, mais aussi Algérie et quelques autres pays du tiers-monde) permet encore une fois aux agresseurs de fêter bruyamment ce qu'ils considèrent comme une "victoire". On verra bien ce qui se passera le jour où Moscou, Pékin ou Alger seront à leur tour sur la sellette. L'absence totale de solidarité entre victimes présentes et victimes futures de l'impérialisme israélo-américain a quelque chose d'assez terrifiant.
14 novembre 2005 : On apprend que Mehlis a offert la somme de 10 millions de dollars à Luai Zakra, un "terroriste" syrien incarcéré en Turquie et présenté comme le "numéro cinq d'Al-Qaïda", à condition que l'homme accuse le gouvernement de Damas d'être responsable de l'assassinat de Hariri. Zakra ayant refusé de "coopérer", Mehlis est à la recherche d'un nouveau "témoin à charge". Avant de s'adresser à Zakra, Mehlis, l'homme sans honte et sans scrupules, avait déjà tenté d'utiliser les "informations" d'un certain Zouhir Sedik, gangster syrien poursuivi pour escroquerie.
23 novembre 2005 : Après avoir bombardé des localités du Liban sud proches de la région de Chebaa, l'aviation de l'Etat terroriste juif survole Beyrouth et largue des tracts de propagande anti-Hezbollah. Parallèlement, les incursions américaines en Syrie se multiplient depuis le territoire irakien occupé ; deux militaires syriens sont tués. Damas se garde bien de réagir aux provocations.
1er décembre 2005 : Jamais deux sans trois - Hossam Taher Hossam, autre "témoin" présenté par Detlev Mehlis pour "étayer" la thèse de la "culpabilité" syrienne, se rétracte après avoir précisé que ses "aveux" ont été obtenus sous la torture. Déçu, Mehlis donne sa démission... mais ne change rien à son "rapport".
12 décembre 2005 : Comme pour compenser le fiasco de leur "enquêteur", les terroristes néo-cons frappent une nouvelle fois : quatre personnes meurent à Beyrouth dans un attentat à la voiture piégée, dont Gebrane Tuéni, député maronite et PDG du quotidien An-Nahar. Si ce n'est pas un motif d'intervention...
Autre "atout" des fauteurs de guerre israélicains : ils viennent de "découvrir un charnier"* à proximité d'un ancien centre des services de renseignement syriens au Liban. A la bonne heure - depuis la fin de la guerre de Yougoslavie, les mystifications du genre Srebrenica-Racak commençaient à nous manquer.
* En fait de "charnier", c'était un cimetière ottoman vieux de trois siècles.
Pour la petite histoire : Walid Joumblatt (le politicien libanais qui ne change jamais d'avis plus d'une fois par jour) est aujourd'hui contre les Syriens.
23 janvier 2006 : John Bolton, le gangster qui représente la junte Bush à l'ONU, exige de la Syrie qu'elle désarme le Hezbollah libanais... mais oublie de préciser comment Damas devrait s'y prendre, maintenant qu'il n'y a plus de troupes syriennes au Liban. On a l'impression d'entendre Sharon ordonnant à Arafat, séquestré à Ramallah, d'intervenir contre les "terroristes" du Hamas. Les ventriloques sionistes font vraiment la pluie et le beau temps à Washington et ne prennent même plus la peine de se cacher.
début février 2006 : A Beyrouth et à Damas, manifestations suite à la provocation danoise des caricatures de Mahomet. Spontanée au départ, la protestation dégénère bien vite grâce à l'action de nombreux agents sionistes présents sur place. Opération réussie : aux yeux de l'opinion publique occidentale, les musulmans ne sont plus les offensés mais les "coupables" ("fanatiques", "vandales", "terroristes").
mai 2006 : Un attentat à la voiture piégée, commandité par Tel Aviv, tue un dirigeant du Djihad islamique palestinien à Saïda. Quelques jours plus tard, l'aviation israélienne attaque le sud du Liban et lance des bombes à fragmentation contre des localités proches de la frontière.
juin 2006 : La sécurité militaire libanaise démantèle un réseau terroriste israélien reponsable de l'attentat de Saïda et de quelques autres explosions criminelles plus anciennes. Encore un petit effort, et on connaîtra le nom des assassins de Rafic Hariri. (à suivre)

