Lundi 31 Juillet 2006



 

Le Liban


Dans le collimateur israélien

Pays frontaliers de l'Etat juif, le Liban et la Syrie ont toujours été les premiers à subir les contrecoups du conflit palestino-israélien (voir ci-dessous la
chronologie libanaise et la chronologie syrienne).

Le regain de tension enregistré depuis 2003 est consécutif à l'échec de l'aventure libanaise des sionistes israéliens. Harcelée par les combattants du Hezbollah, eux-mêmes soutenus par la Syrie ,* l'"invincible" armée juive a été contrainte, en 2000, d'évacuer le territoire de son voisin du nord après dix-huit ans d'occupation et la mort de 20.000 civils arabes. Un retrait tout provisoire aux yeux des agresseurs, fermement décidés à revenir à la première occasion.**

* L'alliance Hezbollah-Syrie est purement politique. En effet, le Hezbollah (Parti de Dieu) est une organisation religieuse chiite, tandis que l'Etat syrien est laïque (et qui plus est, il n'y a pratiquement pas de musulmans chiites en Syrie). En revanche, le soutien que reçoit le Hezbollah de l'Iran chiite obéit avant tout à des motifs religieux.

** Israël occupe encore une petite portion de territoire libanais de 25 km2 située dans le sud-est, sur les pentes du Mont Hermon (Golan occupé) : les fermes de Chebaa (voir
carte - 148 ko). Faisant partie du Liban à l'époque du mandat français, puis devenu syrien en 1946 et restitué au Liban dans les années 1950, ce territoire est maintenant colonisé par les sionistes sous prétexte qu'on ne sait pas de façon définitive s'il appartient au Liban ou à la Syrie. (Notez bien ce principe élémentaire de droit israélien : lorsque la propriété d'une terre fait l'objet d'une vague contestation entre deux voisins, l'Etat juif est autorisé à s'en emparer.) Lire ici à ce sujet un article du journaliste israélien Ran HaCohen, dans lequel il est également question des activités militaires du Hezbollah. Ran HaCohen montre parfaitement qui sont les terroristes et les agresseurs. Il est probable que sans les forces défensives du Hezbollah, le Liban n'existerait pas en tant qu'Etat. C'est bien pour cette raison que Tel Aviv et sa cinquième colonne américaine veulent désarmer et détruire cette organisation.

Ce qui distingue l'offensive en préparation de toutes les précédentes, c'est - d'une part - qu'elle s'inscrit dans la stratégie globale rendue possible par l'auto-attentat du 11 septembre et - d'autre part - qu'Israël y utilise à son profit toute la puissance politique et militaire des Etats-Unis.

En quelques années, les "expan-sion(n)istes" de Tel Aviv ont réussi à faire d'un problème somme toute limité et secondaire (la consolidation et l'extension de leur "Eretz" - en d'autres temps on aurait dit "espace vital") la pierre angulaire dont dépendent les conflits majeurs de la planète. Les mots prêtés à Daniel Bernard, ambassadeur de France en Grande-Bretagne en décembre 2001 ("La crise internationale actuelle a été déclenchée par Israël, ce petit pays de merde. Pourquoi devrions-nous courir le risque d'une troisième guerre mondiale à cause de ces gens-là ?"), ces mots résument parfaitement la situation même s'ils n'ont pas été dits de cette façon-là.

Le slogan "Mourir pour Israël" est plus que jamais à l'ordre du jour. Pour au moins 1500 soldats américains tués en Irak en deux ans de guerre (en fait, probablement le double ou le triple), le slogan est devenu réalité. Et leur "président", manipulé par les néo-cons likoudiens, prépare déjà les prochaines campagnes.


L'assassinat de Rafic Hariri

Le 14 février 2005, massacre de la Saint-Valentin à Beyrouth : un attentat à l'explosif coûte la vie à une quinzaine de personnes, dont l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri. Aussitôt, comme un seul homme, politiciens occidentaux et médias alignés, montrent du doigt la Syrie. Et pourtant, comme le souligne Gilles Munier dans son article 
Qui a assassiné Hariri ?  il suffit de se demander à qui profite le crime pour comprendre qui en sont les auteurs.

L'énorme
cratère causé par l'explosion ressemble à s'y méprendre à celui de l'attentat contre le QG de l'ONU à Bagdad (août 2003), ou à ceux de Bali, d'Istanbul et d'autres lieux. On reconnaît là, sans le moindre doute possible, la "signature" des terroristes du réseau Al-Bushaïda / Al-Mossaïda.

Autre indice révélateur : alors que l'ensemble de la presse veut nous faire croire que l'homme politique libanais a été liquidé par Damas parce qu'il était "antisyrien", un certain Comité américain pour un Liban libre (sic), composé de sionistes juifs, d'intégristes protestants et même - chose curieuse - d'anticastristes cubains, présente Rafic Hariri (sur le site www.freelebanon.org) comme un des "Lebanese Pro-Syrian Power Brokers". Jusqu'à une date très récente, on pouvait même voir sur le site en question un jeu de cartes semblable à celui imaginé par les Américains après l'invasion de l'Irak. Hariri y figurait en bonne place (as de coeur) parmi les hommes à abattre, les Lebanon's Top Syrian Agents. Après l'attentat de Beyrouth, Freelebanon.org a fait disparaître le jeu de cartes, mais on peut encore le trouver sur cet
autre site antisyrien.

A noter qu'Elie Hobeika, ancien chef des milices chrétiennes libanaises et allié des Israéliens jusqu'à sa trahison, occupe également une place d'honneur dans le jeu de cartes, mais sa photo a été barrée d'un grand X rouge après qu'Israël l'ait fait assassiner en janvier 2002 pour lui apprendre à désobéir. (Hobeika voulait témoigner contre son complice Sharon devant le tribunal de Bruxelles où celui-ci était accusé de crimes de guerre pour les tueries de Sabra et Chatila en 1982.)  Quant à Walid Joumblatt, chef de file de "l'opposition" et chouchou de Bush en mars 2005, il était encore, quelques mois plus tôt, le roi de carreau au service de Damas, le "schizo qui vous poignarde dans le dos".  Allez comprendre...

Les néo-cons israélo-américains avaient prévu d'attaquer le Liban et la Syrie immédiatement après leur "victoire" contre l'Irak, au printemps 2003. Malheureusement pour eux, la "guerre éclair" contre Bagdad n'est toujours pas "gagnée" en 2005. Au lieu de battre en retraite, les agresseurs choisissent la fuite en avant. Faute d'avoir pu trouver, au cours de ces deux dernières années, un motif suffisant pour déclencher la nouvelle guerre contre Damas, les tueurs sionistes et leurs complices viennent de s'offrir, avec l'assassinat de Rafic Hariri, le prétexte qui leur manquait.  Joumblatt a eu de la chance : c'est lui qu'on aurait pu choisir comme "martyr".

Israël et l'assassinat de Rafic Hariri - La piste interdite  par Gilles Munier (sur www.oulala.net).


Les options

A Clean Break : dans ce rapport de 1996 au gouvernement Nétanyahou, Richard Perle et Douglas Feith, les champions de la double allégeance USA-Israël, définissaient une nouvelle stratégie préconisant la guerre préventive contre les adversaires de l'Etat juif et conseillant notamment :

·         de lancer, depuis le Liban, des attaques contre le territoire syrien en utilisant des forces agissant pour le compte d'Israël ("Israeli proxy forces" - qu'un non-Juif emploie cette expression, et il sera automatiquement "antisémite") ;

·         d'attaquer des cibles militaires syriennes au Liban et, au cas où cela ne suffirait pas, de frapper des cibles en Syrie même.

A l'époque, les sionistes étaient encore embourbés au Liban et cherchaient une issue "honorable" à leur aventure ; Clinton était président. Deux fraudes électorales, quatre années de junte Bush et un attentat du 11 septembre plus tard, les fauteurs de guerre sentent le moment venu de réaliser ce plan et d'aller bien au-delà. Plusieurs options s'ouvrent à eux :

·         La plus radicale consisterait à faire intervenir les mêmes "proxy forces" qu'en Irak, à savoir les forces armées américaines.

·         Une autre option, plus "soft", utiliserait comme "proxy" les milieux pro-israéliens (ou ouvertement antisyriens) de la société libanaise. On s'acheminerait donc vers une renaissance de la guerre civile. Sachant que les mêmes causes produisent en général les mêmes effets, le résultat est loin d'être garanti.

·         Reste une solution pacifique, "à l'ukrainienne", à savoir le soutien politique massif à "l'opposition libanaise" (représentée par le dirigeant druze Walid Joumblatt) dans le but d'instaurer à Beyrouth un régime pro-occidental hostile au Hezbollah et à Damas. Après avoir "réglé" la question libanaise, on "s'occuperait" de la Syrie. C'est la version que privilégient la France de Chirac et l'Union Européenne. Mais il est assez peu probable qu'elle puisse être couronnée de succès, sauf capitulation préalable de ceux contre qui elle est dirigée.

L'avenir dira ce qu'il en est.

Le Liban présente un intérêt certain pour Tel Aviv, car après une "révolution" à l'ukrainienne ou une "guerre de libération" réussie, on pourrait y parquer - le plus loin possible de la frontière israélienne - les Palestiniens "transférés" de Cisjordanie et de Gaza.

La Syrie, provisoirement "source de tous les maux", est plus intéressante encore. Elle possède des ressources pétrolières (modestes mais suffisantes) et surtout, elle se situe entre Israël et l'Irak. Sa conquête, par les armes ou par la "persuasion", permettrait de colmater un vide gênant sur la carte des possessions de l'Empire.

Les forces en présence au Liban

Depuis l'indépendance, la constitution libanaise s'efforce de réaliser un équilibre politique entre les trois principaux groupes religieux. C'est ainsi que le Président de la République doit être maronite, le Premier ministre sunnite, et le Président du Parlement chiite. Sans cet équilibre, l'Etat libanais est menacé dans son existence.

Alors qu'en 1946 la population chrétienne était majoritaire (52 %), le développement démographique ultérieur a joué en faveur des musulmans (croissance naturelle et afflux de réfugiés palestiniens). Les chrétiens ne représentent plus aujourd'hui que 40 % du total (dont 25 % de maronites). Les musulmans (60 %) se répartissent entre chiites (32 %), sunnites (21 %) et druzes (7 %).*

* Certaines sources, comme par exemple le site de la Francophonie , donnent un pourcentage plus élevé pour les musulmans en général, et pour les chiites en particulier. Le principal groupe religieux (chiites) rassemblerait en fait 40 % des Libanais (un chiffre qui sera fréquemment cité à l'occasion de la guerre de juillet 2006 - voir plus bas).

Dans cet Etat un peu artificiel et dénué de caractère véritablement national, les soubresauts politiques s'articulent le plus souvent - du moins au départ - en fonction de l'appartenance religieuse, même s'ils sont presque toujours exploités et amplifiés par l'intervention de puissances extérieures (France, Etats-Unis, Israël, Syrie).

A cela est venu s'ajouter, au cours des décennies passées, l'essor du nationalisme pan-arabe (création puis accession au pouvoir du parti Baas en Syrie et en Irak, union entre la Syrie et l'Egypte), l'affrontement politique dans le contexte de la guerre froide (alliances changeantes des pays voisins avec les USA et l'URSS), les interventions occultes ou ouvertes de l'Etat d'Israël, et enfin le fait que la Syrie a toujours considéré le Liban comme un territoire syrien arraché de force par la puissance coloniale française dans les années 1920 (un peu comme le Koweït a été arraché à l'Irak par les Britanniques à la même époque).

C'est l'existence de ce mélange explosif qui a permis aux extrémistes chrétiens manipulés par Tel Aviv de mettre le feu aux poudres en 1975.

Il est extrêmement difficile d'y voir clair dans le labyrinthe des factions libanaises et de leurs alliances (aussi bien internes qu'avec les puissances étrangères impliquées). Les antagonismes sont tout à la fois d'ordre religieux (chrétiens, sunnites, chiites, druzes), politique (gauche laïque, droite pro-israélienne, pro-américaine ou pro-française, pan-arabisme, islamisme), national (pour ou contre la Syrie , pour ou contre l'unité libanaise) ou tout simplement financier (qui paie le mieux, qui offre les meilleures possibilités de s'enrichir). Les alliances sont souvent instables et semblent parfois défier la logique. Même à l'intérieur d'une confession donnée, les affrontements ne sont pas rares : les divers clans maronites se sont combattus plus d'une fois, de même que les deux grands partis chiites (Hezbollah et Amal). Le Liban est le terreau idéal pour cultiver la zizanie. En 2005, après 15 ans de "paix syrienne" et de reconstruction du pays, tout est de nouveau remis en question.

La loi électorale libanaise, presque inchangée depuis 1960, prévoit une répartition des sièges au Parlement selon un système de quotas confessionnels. Sur les 128 sièges, la moitié (64) est réservée aux chrétiens (34 maronites, 14 grecs-orthodoxes, 8 grecs-catholiques, 5 arméniens-orthodoxes, 1 arménien-catholique, 1 anglican, 1 "divers") ; l'autre moitié aux musulmans (27 chiites, 27 sunnites, 8 druzes, 2 alaouites). Chaque circonscription élit un certain nombre de députés de tel ou tel groupe, en fonction de la structure religieuse de la population locale. Dans ce cadre, l'électeur est "libre" de choisir son représentant.

Quelle que soit la volonté politique des citoyens, la composition confessionnelle du Parlement reste une donnée fixe. Dans ces conditions, il est impossible de présenter une liste laïque ne tenant pas compte de la religion des candidats. La religion domine la vie politique et sociale ; rien d'important ne peut se faire en dehors d'elle.*

* Tout citoyen libanais doit impérativement appartenir à un groupe confessionnel ; l'athéisme n'a pas d'existence officielle. Les enfants obtiennent automatiquement la religion de leur père et ne peuvent en changer. L'appartenance religieuse est mentionnée sur la carte d'identité. Dans beaucoup de domaines, des lois différentes sont applicables selon la religion de l'intéressé. (Des dispositions similaires existent également en Israël, à cette différence près qu'au Liban, aucun groupe n'est privilégié au détriment d'un autre - au contraire).

Ce système électoral probablement unique au monde n'est, réflexion faite, ni plus ni moins démocratique que n'importe quel autre, à commencer par l'américain (qui confie le "choix des urnes" aux faussaires du vote électronique), le français (qui écrase les petits partis) ou l'israélien (qui contraint les candidats arabes à accepter la notion d'Etat juif).

Le strict pluriconfessionnalisme politique n'a pu empêcher la guerre civile de 1975-90, mais il a contribué à la stabilité de ces quinze dernières années. Il ne peut fonctionner que si tous les groupes qui composent la société libanaise acceptent de l'appliquer, ce qui n'est plus tout à fait le cas aujourd'hui. Les quotas ne correspondent pas, comme on peut le voir, à la structure religieuse actuelle de la population, même en tenant compte du fait que de nombreux habitants n'ont pas le droit de vote (les 300.000 réfugiés palestiniens, par exemple, qui refusent l'intégration par crainte de perdre leur droit au retour dans leur ancienne patrie).

Pour les néo-cons, ces considérations sont sans importance. Leur objectif est de détruire le système libanais et peut-être même l'Etat libanais lui-même (en tout cas l'Etat multiconfessionnel). Pour ce faire, ils ont déjà choisi leurs pantins locaux parmi les partis dits d'opposition, principalement celui de Walid Joumblatt, le PSP ou Parti Socialiste Progressiste (qui n'est, bien entendu, ni socialiste ni progressiste). Joumblatt est un peu le Fouché libanais ; il a été l'allié de tout le monde et l'adversaire de tout le monde - le candidat idéal, en somme. Qu'il soit druze est un avantage : à la fois musulman (même s'il ne s'agit que d'une secte) et ami des sionistes (en Israël, la minorité druze est la seule qui collabore ouvertement avec le "peuple élu").

Autre valeur sûre, côté chrétien : le Courant Patriotique Libre - CPL (qui n'est, lui non plus, ni l'un ni l'autre). Son patron est le général Michel Aoun, exilé en France depuis la fin de la guerre civile (voir plus bas). Il y a aussi le PNL ou Parti National Libéral (fondé par le maronite Camille Chamoun), le Mouvement Kataëb (rescapés des Phalanges d'extrême droite) et quelques autres groupuscules qui ne représentent qu'eux-mêmes.

Face à cette "opposition"* dont les partisans se produisent à longueur de journée sur les écrans de toutes les télévisions occidentales avec des pancartes rédigées en anglais (comme à Kiev, ils sont payés pour), on trouve la majorité "silencieuse"** libanaise "prosyrienne", en grande partie musulmane (mais pas exclusivement), notamment la population chiite et ses deux partis Hezbollah et Amal.

* Il ne s'agit pas d'une opposition au sens où on l'entend en régime parlementaire. En effet, le gouvernement libanais, quel qu'il soit, comprend toujours 50 % de ministres chrétiens et 50 % de ministres musulmans. Les "opposants" ne s'opposent donc pas à une "majorité" gouvernementale - qui ne peut pas exister puisqu'il y a les quotas ; ils s'opposent au consensus national qui permet de sauvegarder l'équilibre - précaire mais réel - de la société libanaise.

** Cette majorité n'est silencieuse que pour les médias alignés qui la passent sous silence - voir la grande manifestation du 8 mars.

 Chronologie 2005-2006

·         mai 2004 : Sous la pression du lobby sioniste, les Etats-Unis promulgent une loi antisyrienne (Syria Accountability Act) "exigeant" le retrait complet des forces syriennes du Liban et le désarmement des milices du Hezbollah libanais ; la loi prévoit des "sanctions" économiques. Parallèlement, les USA font adopter une résolution similaire (no 1559) par le Conseil de Sécurité de l'ONU (l'Assemblée générale n'est pas consultée).

·         14 février 2005 : Assassinat à Beyrouth de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri. Les tueurs et leurs complices accusent la Syrie (voir plus haut).

·         28 février 2005 : Démission du gouvernement d'Omar Karamé (dirigeant sunnite "prosyrien"). Emile Lahoud (chrétien maronite "prosyrien") reste Président de la République.

·         février-mars 2005 : Menaces verbales d'Israël, des Etats-Unis et d'autres pays occidentaux à l'encontre de la Syrie. Manifestations antiysriennes à Beyrouth, organisées par "l'opposition" avec l'aide matérielle, logistique et financière des services de Washington, Tel Aviv et Paris. Démesurément gonflées et présentées par la presse et la télévision comme un "phénomème de masse", ces manifestations rassemblent quelques milliers, au plus quelques dizaines de milliers de "protestataires", dont beaucoup sont là pour des raisons "professionnelles". Etrange impression de déjà-vu (Belgrade, Tbilissi, Kiev...)  Compte tenu des "liens privilégiés" qui unissent la France à la grande bourgeoisie maronite libanaise et à ses satellites, le pouvoir français est particulièrement actif au Liban, sentant le moment venu de se réconcilier complètement avec les Etats-Unis en participant sans réserve à la prochaine action militaire contre la Syrie.

·         6 mars 2005 : La Syrie annonce le retrait prochain de ses 14.000 soldats encore stationnés au Liban. Dans un premier temps, les troupes se replient vers l'est. Bien entendu, Bush, Sharon et compagnie jugent ces mesures "insuffisantes".

·         8 mars 2005 : A Beyrouth, à l'appel du Hezbollah et d'autres organisations, une manifestation monstre contre l'ingérence occidentale et pour la solidarité avec la Syrie réunit au moins un demi-million de personnes de toutes confessions (un million selon certaines sources, plus d'un million selon Richard Labévière* de Radio France Internationale, un million et demi selon le Réseau Voltaire**). Dans un pays de 4.500.000 habitants, c'est un peu comme si plus de sept millions de Français (et peut-être même dix, douze, quinze ou vingt millions) allaient manifester dans les rues de Paris - impensable. Cependant, les médias occidentaux minimisent l'événement et se concentrent sur les déclarations menaçantes de Bush, de Sharon et de quelques autres.

* En voilà un qui ne va pas tarder à subir le sort de son ex-collègue Alain Ménargues, congédié par RFI pour avoir critiqué Sharon. Voir ici son article sur le triangle libanais.

** Lire également comment le Comité américain pour un Liban "libre" (déjà mentionné plus haut) a réussi à intoxiquer l'opinion internationale avec la prétendue
"révolution des cèdres".

 ·         9 mars 2005 : Manifestation similaire à Damas.

·         10 mars 2005 : Encouragé par "la rue", Omar Karamé revient et annonce la formation d'un nouveau gouvernement à Beyrouth.

·         12 mars 2005 : Au cours des derniers jours, la Syrie a retiré 4.000 soldats du Liban ; il en reste encore environ 10.000.

·         13 mars 2005 : A Nabatiyé, dans le sud-est du pays, nouvelle manifestation de masse organisée par le Hezbollah et Amal avec, là aussi, plusieurs centaines de milliers de participants : silence radio dans les médias occidentaux (qui se rattraperont le lendemain).

·         14 mars 2005 : Pour ne pas être en reste, "l'opposition" pro-israélicaine mobilise également ses partisans. Pour la première fois depuis le début de la crise, elle réunit elle aussi plusieurs centaines de milliers de personnes, mais beaucoup moins semble-t-il que les organisateurs du 8 mars. Quoi qu'il en soit, d'un côté comme de l'autre, on brandit le drapeau libanais - ce qui permet à CNN et à d'autres chaînes de faire passer indifféremment les "pro" et les "antisyriens" pour des "révolutionnaires du cèdre". La confusion avait d'ailleurs commencé le jour des obsèques de Rafic Hariri : quiconque se trouvait alors dans la rue pour rendre hommage à l'ancien Premier ministre était automatiquement "contre Damas" et revendiquait le "retrait des troupes syriennes". A noter également que tout le monde, sans exception, demande que la lumière soit faite sur l'assassinat du 14 février, ce qui ne signifie pas nécessairement la même chose partout (les commanditaires de "l'opposition", eux, exigent que soit "confirmée" la "culpabilité" de la Syrie ).

·         19 mars 2005 : Nouvel attentat à Beyrouth - 11 blessés dans un quartier chrétien. Joumblatt accuse aussitôt les Syriens et "exige" la démission du Président de la République , le chrétien Emile Lahoud. Les néo-cons et leurs marionnettes sont-ils en train de relancer la guerre civile ? Viennent-ils de déclencher la phase 2 de leur "révolution" ?

·         23 mars 2005 : Encore un attentat à la bombe, à Jounieh cette fois, au nord de la capitale : trois morts.

·         26 mars 2005 : Nouvelle bombe près de Beyrouth, à Dékouaneh : deux morts.

·         2 avril 2005 : La Syrie annonce le retrait complet de ses troupes avant le 30 avril. Nouvel attentat près de Beyrouth, à Broumanna.

·         4 avril 2005 : L'organisation islamiste internationale des Frères musulmans, responsable de l'assassinat du président égyptien Sadate en 1981 et d'un soulèvement armé contre le régime d'El-Assad en 1982, déclare qu'elle a l'intention de revenir en Syrie à la faveur des "événements". Le chef de l'organisation est en exil à Londres, où il jouit du soutien plus ou moins discret du gouvernement Blair. De toute évidence, pour les fanatiques occidentaux de la "guerre contre la terreur", les Frères musulmans comptent parmi les "bons" terroristes, ceux qu'on peut utiliser contre "l'axe du Mal".

·         25 avril 2005 : Le retrait des troupes syriennes est achevé.

·         5 mai 2005 : A l'instigation du lobby sioniste, le boycott économique américain contre Damas (= "sanctions") est reconduit. Comme si de rien n'était, George W. Bush invoque le "danger syrien au Liban". Quelques jours plus tard, un certain Tom Casey, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, s'en prend violemment à la Syrie , lui reprochant "d'attiser la guerre en Irak". Ce comportement cynique prouve une fois de plus qu'il ne sert à rien de se montrer conciliant face au monstre israélicain : plus on lui en donne, et plus il en veut.

·         7 mai 2005 : Après que la justice libanaise ait amnistié le général Aoun pour les délits et crimes commis jusqu'en 1990, y compris les détournements de fonds (15 millions de dollars), le chef de l'extrême droite chrétienne quitte son exil parisien pour Beyrouth, où il est accueilli par les partisans du clan pro-occidental. Avec sa modestie habituelle, Aoun se présente comme le "sauveur" du pays - ce n'est pas pour rien que les Libanais le surnomment "Napolaoun".

·         14 mai 2005 : Depuis quelques jours, la guerre américaine contre l'Irak se rapproche dangereusement de la frontière syrienne. L'aviation US bombarde les localités situées le long de l'Euphrate. Washington a-t-il l'intention d'étendre l'agression militaire à la Syrie ?

·         17 mai 2005 : Le secrétaire général de l'ONU, Kofi "Oncle Tom" Annan, fidèle serviteur de l'Empire états-unien, charge l'Allemand Detlev Mehlis "d'enquêter" sur l'assassinat de Rafic Hariri. Mehlis, qui a exercé les fonctions de procureur dans son pays, était en son temps chargé du dossier de l'attentat de 1986 contre la discothèque La Belle de Berlin, un attentat mis sur le compte de la Libye. Gageons que le rapport Mehlis confirmera mot pour mot la version israélo-américaine du massacre de la St-Valentin. [Deux mois plus tard, Mehlis déclare au quotidien libanais L'Orient Le Jour : "Les Israéliens sont réputés pour avoir de bons renseignements, notamment technologiques. Nous les avons approchés pour qu'ils nous livrent des informations sur l'attentat. Ils nous ont donné de bons renseignements."  Bravo, Detlev, t'es sur la bonne piste...]

·         18 mai 2005 : Une tentative d'assassinat sur la personne de Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, échoue suite à l'arrestation d'un groupe de comploteurs palestiniens recrutés en Tunisie par les services israéliens.

·         25 mai 2005 : Damas met fin à sa coopération avec les Etats-Unis en matière de renseignement et d'affaires militaires. Est-ce à dire que la Syrie ne torturera plus de "terroristes" pour le compte de la CIA , comme elle le faisait depuis le 11 septembre 2001 ? Aurait-on l'intention de résister en cas d'agression israélo-américaine ?

Elections libanaises

·         26 mai 2005 : Le Hezbollah annonce qu'il présentera, aux prochaines élections législatives, une liste commune avec Amal, l'autre parti chiite. De son côté, Joumblatt tente de "s'allier" avec le genéral Aoun*... qui l'envoie aussitôt sur les roses. La girouette druze ne se décourage pas pour autant et va, dans la foulée, proposer ses services au Hezbollah. "Nous devons améliorer nos relations avec Damas", proclame Joumblatt, lui qui s'égosillait encore quelques semaines plus tôt à réclamer "le départ des occupants syriens".

* Finalement, Aoun appelle les électeurs de la capitale à s'abstenir - comprenne qui pourra...

Toutes ces tractations politiques ne changeront rien au résultat global des élections (pourcentage immuable pour chaque confession - voir
plus haut). Mais dans ce cadre, il est bien entendu possible de s'entendre par delà les appartenances religieuses. Une liste conduite par un candidat d'une confession donnée peut inclure des candidats d'autres confessions. En aucun cas, cependant, un groupe religieux ne peut avoir plus d'élus que prévu. Dans les circonscriptions où une confession réunit plus de 50 % des électeurs, les sièges correspondants sont attribués automatiquement au groupe confessionnel en question. Il ne peut alors y avoir de "choix" que si deux ou plusieurs listes de même confession entrent en concurrence.

Ce système, assez déconcertant pour l'observateur étranger, bloque tout changement véritable, à moins que n'intervienne une alliance politique interconfessionnelle stable - chose peu probable à l'heure actuelle. Les médias occidentaux continuent cependant de parler de "premières élections libres* depuis trente ans" et de "victoire probable de l'opposition".

* Le seul signe de "liberté", par rapport aux élections précédentes, c'est que le général Aoun a été libre de revenir au Liban sans avoir à répondre de ses crimes et qu'il peut présenter ses listes où bon lui semble.

 ·         29 mai 2005 : Début des élections libanaises. Etalées sur quatre dimanches consécutifs, elles se termineront le 19 juin. Le 29 mai, on vote à Beyrouth (19 sièges à pourvoir) ; le 5 juin, dans le Sud-Liban (23 sièges) ; le 12 juin, au Mont-Liban (= Centre - 35 sièges) et dans l'Est (= plaine de la Békaa - 23 sièges) ; le 19 juin, enfin, dans le Nord (28 sièges).

A Beyrouth les 19 sièges se répartissent obligatoirement ainsi : 1 maronite, 2 grecs-orthodoxes, 1 grec-catholique, 1 anglican, 1 "divers", 3 arméniens-orthodoxes, 1 arménien-catholique, 6 sunnites, 2 chiites, 1 druze. Le taux de participation est très faible (27 %), ce qui n'est guère étonnant puisque les jeux sont en grande partie faits d'avance. La presse célèbre néanmoins "l'écrasante victoire" de Saad Hariri, fils du dirigeant sunnite assassiné et tête de liste dans la capitale.

·         2 juin 2005 : Un nouvel attentat à l'explosif coûte la vie au journaliste Samir Kassir. Aussitôt, une violente campagne se déchaîne contre la Syrie que l'on rend responsable du meurtre. On croit enfin tenir la "preuve" que les services secrets de Damas sont encore actifs au Liban. Pourtant, il y a fort à parier que les terroristes qui ont perpétré cet attentat sont les mêmes que ceux du 14 février.

On a l'impression que les agresseurs du camp israélo-américain viennent de comprendre que les élections en cours ne changeront strictement rien à la situation politique au Liban, puisque la loi électorale est restée la même. Les "réformes" qu'ils prétendent imposer (démantèlement du pays, anéantissement du Hezbollah) ne peuvent pas sortir des urnes, c'est évident.* Ils ont donc recours à des moyens plus violents. Il semblerait qu'une "révolution à l'ukrainienne" soit maintenant exclue.

* Même en faisant des pieds et des mains, en promettant des postes à tout le monde et en distribuant des bakchichs à droite et à gauche, le général Aoun (qui rêve de devenir président) ne pourra jamais remporter plus de 34 sièges au Parlement, soit 27 % - et encore, à condition que ses concurrents maronites le laissent faire. Joumblatt, l'autre atout des Occidentaux, n'obtiendra dans le meilleur des cas que 8 sièges (6 %) ; il sera tout au plus ministre, sa confession (druze) ne lui permettant pas de viser plus haut. Les partis chiites Hezbollah et Amal peuvent, de leur côté, remporter 27 sièges, soit 21 % (alors que les chiites constituent 32 % de la population). La règle des quotas est à leur désavantage, mais elle ne permet pas cependant de les éliminer. Tout cela, encore une fois, résulte de la loi électorale libanaise que les pro-occidentaux veulent, bien entendu, abroger.

Détail cocasse : pour "enquêter" sur l'attentat contre Kassir, on a fait venir à Beyrouth des "experts" du FBI. "On", c'est-à-dire cet horrible gouvernement "prosyrien" que "l'opposition démocratique" veut à tout prix renverser !...  D'ailleurs, comme chacun sait, la police américaine est bien placée pour mener ce genre investigations (voir 11 septembre). La prochaine fois, on pourrait carrément faire intervenir des "enquêteurs" du Mossad.

·         5 juin 2005 : Elections au Sud-Liban. Les 23 sièges à pourvoir se répartissent par avance de la façon suivante : 14 chiites, 3 sunnites, 1 druze, 2 maronites, 2 grecs-catholiques , 1 grec-orthodoxe. Comme on pouvait s'y attendre dans cette région directement exposée aux visées expansionnistes de l'Etat juif, la victoire des partis chiites est écrasante* (sans guillemets, cette fois). Mais la presse ne trouve guère le temps d'en parler, préférant se concentrer sur les suites de l'attentat du 2 juin. C'était sans doute un des buts de la manoeuvre.

* Avec un taux de participation de 45 % - taux exceptionnellement élevé pour une élection libanaise. C'est un peu comme si les électeurs du Sud-Liban avaient eux aussi eu leur référendum. Et leur réponse a été NON - NON à la menace étrangère.

 ·         12 juin 2005 : Elections au Mont-Liban où la répartition obligatoire des sièges est la suivante : 25 chrétiens (19 maronites, 3 grecs-orthodoxes, 2 grecs-catholiques, 1 arménien-orthodoxe) et 10 musulmans (5 druzes, 3 chiites et 2 sunnites). Dans la Békaa : 9 chrétiens (3 maronites, 3 grecs-catholiques, 2 grecs-orthodoxes, 1 arménien-orthodoxe) et 14 musulmans (8 chiites, 5 sunnites, 1 druze).

Au Mont-Liban, le taux de participation (54 %) est encore plus élevé que dans le Sud. Conformément à la structure religieuse de la région, les maronites l'emportent. La seule "surprise" réside dans le fait que le général Aoun, qui n'appelle plus au boycott comme à Beyrouth, devance largement les partisans de son coreligionnaire Lahoud (le président "prosyrien"). La presse nous "apprend" qu'il faut également voir dans ce vote une éclatante victoire du maronite Aoun sur le druze Joumblatt - évidemment...  Dans la Békaa , 49 % des citoyens ont voté. La liste conduite par les partis chiites Hezbollah et Amal l'emporte logiquement.

Et pendant que les Libanais votent, George Bush menace de nouveau la Syrie et lui ordonne de retirer immédiatement tous ses "agents secrets" du Liban. Au pays des cèdres, de toute évidence, seuls les espions, agitateurs, saboteurs et poseurs de bombes du Mossad et de la CIA ont le droit d'opérer.  (à suivre)

Heure ALGERIE





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Pseudo: ADEL KHEBBABCatégorie: ScienceDescription:
Science, politique internationale, environnement, histoire et énigmes et bien d'autres choses. J'éspère que tout le monde trouvera son sompte ici. Dédié à mon cousin et ami MEHDI (ZZEH), mes amis TAREK (le ptit) et WALID (formagea)
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