Vendredi 21 Avril 2006

Les attentats terroristes du 11 septembre et les guerres contre l'Afghanistan et l'Irak s'inscrivent dans une longue série de conflits opposant les pays occidentaux au monde musulman. Certains de ces conflits ont été attisés par la disparition de l'URSS; d'autres ont des racines beaucoup plus profondes. Parmi ces derniers, le plus grave et le plus lourd de conséquences est celui qui déchire la Palestine et Israël.


Les origines du conflit palestino-israélien

Jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale, cette partie du Moyen-Orient est une province de l'Empire ottoman. En 1920, la Grande-Bretagne et la France, pays vainqueurs, se partagent les dépouilles du vaincu. La Syrie, qui englobait alors le Liban, passe sous mandat français; l'Irak et la Palestine (c'est-à-dire ce qui constitue aujourd'hui Israël, les territoires palestiniens et la Jordanie) sous mandat britannique. L'Egypte voisine est déjà colonie anglaise depuis 1882.



Carte du Proche et Moyen-Orient avant 1914  (source : Le Monde Diplomatique)


Quelques années plus tard, l'Egypte et l'Irak deviennent des royaumes indépendants, mais l'influence de Londres y reste prépondérante. En Syrie, la France crée un territoire distinct à domination chrétienne maronite: c'est le Liban. Syrie et Liban deviendront indépendants après 1945. Bien après, dans les années 70-80, les dissensions religieuses entre chrétiens et musulmans du Liban conduiront à une guerre longue et dévastatrice.

Mais ce qui attend la Palestine britannique de 1920 est bien pire. Pendant la guerre de 1914-1918, les Anglais, déjà très actifs au Moyen-Orient et désirant renforcer leur emprise sur la région (pétrole), sollicitent l'aide militaire des chefs arabes contre les Turcs et leur promettent en contrepartie la création d'un grand Etat arabe sur les territoires repris aux Ottomans. C'est la fameuse épopée de Laurence d'Arabie. Après la guerre, cependant, la promesse est oubliée; Anglais et Français découpent la région à leur profit. Mais qu'à cela ne tienne, les Arabes se contenteront de la Palestine...

Et c'est là que les problèmes commencent. En effet, Londres a fait aux représentants des organisations sionistes, et en particulier à Lord Rothschild, une promesse similaire, à savoir la création d'un "foyer national juif en Palestine" (déclaration Balfour* de 1917). Dans l'esprit des Britanniques, la partie ouest de la Palestine (entre la Méditerranée et la mer Morte) est réservée aux colons juifs; le reste sera "accordé" aux Arabes. Londres détache donc de la "grande Palestine" tous les territoires qui se se trouvent au-delà du Jourdain et leur donne le nom de Transjordanie.

* Du nom du ministre anglais des Affaires étrangères. La légende veut que le Premier ministre Lloyd George ait voulu se montrer reconnaissant envers Chaïm Weizmann, un jeune chimiste juif qui avait mis au point un procédé de fabrication de l'acétone à partir du maïs. Cette découverte permettait aux Britanniques de produire à bon compte une des matières premières indispensable pour la fabrication d'explosifs.   Des colonialistes offrent donc des terres qui ne leur appartiennent pas, à d'autres colonialistes en signe de remerciement. C'est tout à fait moral ; de quoi se plaignent donc les Palestiniens ?...   (Weizmann deviendra plus tard Président de l'Etat d'Israël.)


Qu'est-ce que le sionisme ?

Le mot sionisme vient de Sion, le nom biblique de Jérusalem - en fait une colline de cette ville. Il désigne un mouvement nationaliste qui prend naissance dans la seconde moitié du 19ème siècle et trouve sa consécration doctrinale en 1896 avec la publication du livre L'Etat juif (Der Judenstaat) du Dr Theodor Herzl, un écrivain et journaliste juif austro-hongrois de langue allemande (1860-1904). L'idée de base du sionisme est de restaurer sous une forme moderne l'entité nationale juive qui avait existé en Palestine à l'époque antique.

En 135 après J.C., on le sait, l'empereur romain Hadrien avait chassé les Hébreux de Jérusalem, où ils étaient établis depuis plus de mille ans. Dispersée dans le monde entier, cette Diaspora* juive sut conserver sa religion et ses coutumes, mais s'attira bien souvent l'hostilité des sociétés où elle vivait. Au 19ème siècle, l'antisémitisme particulièrement virulent en Europe centrale et orientale (les pogroms y sont fréquents), donne naissance à l'idée du retour vers la Terre promise.

* Certains historiens pensent que la dispersion des Juifs commença bien avant l'expulsion de l'an 135 et que les causes en furent surtout économiques. Dans son livre Conception matérialiste de la question juive, Abraham Léon estime que "plusieurs siècles avant cet événement, la grande majorité des Juifs était déjà disséminée aux quatre coins du monde" et que "le royaume juif de Palestine n'avait, pour les larges masses juives dispersées dans le monde grec puis dans l'empire romain, qu'une importance tout à fait secondaire". Jérusalem n'était alors qu'un centre religieux semblable à ce que sera plus tard La Mecque pour les musulmans.

Le sionisme postule que les Juifs sont indésirables partout et que leur intégration au sein d'autres nations est illusoire, voire impossible. La discrimination et l'oppression n'épargnent aucune nation, aussi éclairée, aussi libérale soit-elle ; même la France, pays des Lumières, est agitée par l'affaire Dreyfus lorsqu'est publié le livre de Herzl. Pour l'auteur, la "question juive" n'est ni d'ordre social ni d'ordre religieux ; c'est une question nationale et politique. Les Juifs ont besoin d'un Etat à eux, où ils puissent vivre librement, entre eux et sans contraintes.

Cette doctrine, longtemps très minoritaire dans les milieux juifs, contredit radicalement les idées socialistes, très répandues à l'époque, selon lesquelles les clivages ethniques ou religieux devraient être appelés à disparaître. Le sionisme, au contraire, cimente et perpétue ces clivages en pratiquant un racisme à rebours. (La philosophe juive américaine Hannah Arendt constate en 1948 : "Le sionisme est pur racisme chauvin... Cette division entre les Juifs et tous les autres peuples tenus pour ennemis ne diffère pas des autres théories de la race des seigneurs.")

D'autre part, alors que les socialistes du 19ème siècle prônent l'égalitarisme, le théoricien du sionisme, lui, stipule clairement qu'il y aura dans son nouvel Etat "des Juifs pauvres, des Juifs aisés et des Juifs riches". Une disparition des inégalités n'est pas prévue ; sans libre entreprise, pas de "bien-être". Herzl n'a que mépris pour les prolétaires qu'il faut tenir à l'oeil. Pour éviter qu'ils ne s'adonnent à l'alcool et à la débauche, on les paiera exclusivement en nature les trois premières années de leur séjour en Terre promise, le temps qu'ils construisent les maisons où seront logés les Juifs plus aisés qui, eux, n'arriveront que plus tard. Et il va de soi que la compagnie juive qui achètera les terres pour les revendre aux immigrants fortunés devra faire des profits, beaucoup de profits. La spéculation foncière pratiquée à Paris dans les années 1860 est citée comme un exemple particulièrement bien réussi dont il convient de s'inspirer. Herzl proclame fièrement que l'Etat juif "réhabilitera le capital" et précise que "les Juifs riches ne devront plus dissimuler leurs richesses et donner leurs fêtes à huis clos, à l'abri des regards hostiles".

Le sionisme, c'est le capitalisme parasitaire à l'état pur et l'exploitation éhontée du travail et de la misère d'autrui. C'est la possibilité pour la grande bourgeoisie juive de se consacrer librement au passe-temps favori de toutes les grandes bourgeoisies, sans risquer d'être mise au pilori pour des raisons ethniques ou religieuses. Dans la description qu'il donne de sa Jewish Company, Herzl semble n'avoir que trois choses en tête : le fric, le fric et encore le fric. Mais ses successeurs feront croire le contraire à des millions d'immigrants d'origine modeste. Jusque dans les années 1970, on entretiendra l'illusion d'une société sans classes, on exaltera le romantisme de la vie communautaire au kibboutz. Et même en 2003, le Cercle Léon Blum, obscure officine de propagande franco-israélienne, n'hésite pas à prétendre que "le sionisme fut bâti, à la fin du 19ème siècle, sur des valeurs de gauche" et qu'il est, "histori­quement, une variante du socialisme européen". Pour recruter les soldats dont on a besoin, toutes les sornettes sont bonnes...

Pour ce qui est du territoire à coloniser, Herzl n'a pas d'a priori. Il accepterait le cas échéant que l'Etat juif soit érigé en Argentine, mais admet cependant que le choix de la Palestine est beaucoup plus évocateur et plus stimulant aux yeux des futurs colons (il se souvient de la prière "L'An prochain à Jérusalem"). Va donc pour la Palestine... Plus tard, les sionistes s'attacheront à "prouver" que les "racines historiques du peuple juif" ne pouvaient pas permettre un autre choix.

Contrairement à ses continuateurs, Herzl ne s'attarde pas à défendre de mythiques "droits ancestraux" auxquels il ne croit pas. Pour lui, la solution est simple : "Si Sa Majesté le Sultan nous donnait la Palestine, nous pourrions en contrepartie lui proposer de remettre de l'ordre dans les finances de la Turquie."

Bien entendu, la terre que les "aïeux" de Theodor Herzl ont quittée malgré eux et qu'il convient maintenant de reprendre, n'est pas restée inhabitée pendant 18 siècles; les Arabes y forment 90 % de la population. Jérusalem elle-même, devenue ville arabe en 638 , l'est encore au 19ème siècle, même si de nombreux Juifs et d'autres groupes ethniques y vivent aussi. Avec ou sans bakchich versé au sultan, la "reconquête" risque donc d'être laborieuse. Même s'il ne parle jamais du sort des "autochtones"*, le théoricien du sionisme est parfaitement conscient de la situation quand il écrit : "Pour l'Europe, nous constituerons là-bas un rempart contre l'Asie, nous jouerons le rôle d'un bastion avancé de la culture face à la barbarie."   Comment, dans ces conditions, le projet de recolonisation pourrait-il recevoir l'assentiment de la population locale ?

* Lorsque commence l'aventure sioniste, il y a en Palestine environ 400.000 Arabes musulmans, 40.000 chrétiens (Arabes, Arméniens, etc.) et moins de 20.000 Juifs. Cela n'empêchera pas les partisans de la colonisation de parler de "terre sans peuple pour un peuple sans terre". Cette légende est aujourd'hui plus vivace que jamais.

Dès le départ, le sionisme est donc une entreprise fondée sur le racisme et sur le mépris de peuples jugés "inférieurs". Dès le départ, Herzl reporte sur les habitants arabes de la Palestine et du Moyen-Orient l'arrogance, le dédain et la haine dont les Juifs ont souffert du fait d'autres peuples. Un comportement aberrant qui explique le rejet massif du sionisme par les communautés juives jusqu'à l'avènement du nazisme. Un comportement aberrant qui perdure encore plus d'un siècle après la publication de L'Etat juif.

Un passage du livre de Herzl (chapitre 4 - Argentine ou Palestine ?) est assez symbolique et révélateur à cet égard. L'auteur écrit : "Si l'on veut de nos jours fonder un pays, il ne faut pas appliquer les méthodes qui avaient cours il y a mille ans, alors que rien d'autre n'était encore possible. Il serait insensé de revenir à des pratiques archaïques, comme le voudraient certains sionistes. Si nous devions, par exemple, nettoyer un pays de toutes ses bêtes sauvages, nous ne ferions certainement pas comme les Européens du cinquième siècle*, qui affrontaient les ours avec des lances et des javelots. Nous organiserions, dans la liesse générale, une gigantesque partie de chasse, et après avoir rabattu les fauves dans la direction voulue, nous les anéantirions à l'aide d'une bombe à la mélinite." Depuis Menahem Begin, d'innombrables "chasseurs" ont parfaitement compris ce message. Aujourd'hui, Ariel Sharon et quelques autres rêvent de le mettre définitivement à exécution afin de résoudre une fois pour toutes leur problème. Et ces "élus de Dieu" ont à leur disposition beaucoup mieux que la mélinite...

* Au cinquième siècle, les "Européens" chassaient encore pour se nourrir et se vêtir. Ils ne tuaient pas les ours par pure joie perverse, pour exterminer "toutes les bêtes sauvages".

La période historique qui a vu la naissance du sionisme est aussi celle de l'éveil des nationalités en Europe centrale, dans les Balkans et ailleurs. En ce sens, on serait tenté de dire que ce qui vaut pour les Polonais, les Tchèques, les Serbes, les Grecs ou les Bulgares devrait valoir pareillement pour les Juifs. La différence essentielle réside cependant dans le fait que les peuples européens sont établis depuis toujours sur les territoires qu'ils revendiquent - territoires qu'ils veulent libérer de la tutelle étrangère. Les Juifs, eux, doivent coloniser un territoire habité par un autre peuple.

Cet aspect de la question est d'abord totalement éludé par les dirigeants sionistes. Mais dès que la colonisation se heurte à la résistance locale, on doit, pour justifier le projet nationaliste juif, recourir massivement à l'exploitation des mythes bibliques et cultiver le "réflexe d'autodéfense" : les Arabes nous en veulent parce que nous sommes juifs, ils sont antisémites. En fin de compte, le sionisme transporte en Palestine le ghetto dont il prétendait libérer les Juifs.

Texte original (en allemand) : Der Judenstaat  - la traduction française semble malheureusement introuvable sur Internet.


Marx, judaïsme, sionisme:

Quelque part entre les boxeurs manchots et les religieuses communistes, on trouve les Juifs antisémites. Si l'on en croit la rumeur, Karl Marx en fait partie.

Mort en 1883, treize ans avant la publication de la "Bible" du sionisme, Marx n'a pas eu l'occasion d'être confronté à cette idéologie, et n'a donc pas pu la combattre - dommage... C'est à titre posthume qu'il subit les assauts de ceux dont il soupçonnait l'existence mais pas la nocivité.

En 1843 (à l'âge de 25 ans), Marx, qui est à la fois petit-fils de rabbin, fils de converti protestant et lui-même athée, publie un essai sur la question juive, en réponse à un texte de Bruno Bauer.

Marx n'est pas tendre pour ceux qu'il appelle "les Juifs réels" : " Ne cherchons pas le secret du Juif dans sa religion, mais cherchons le secret de la religion dans le Juif réel. Quel est le fond profane du judaïsme ? Le besoin pratique, l'utilité personnelle. Quel est le culte profane du Juif ? Le trafic. Quel est son Dieu profane ? L'argent. Eh bien, en s'émancipant du trafic et de l'argent, par conséquent du judaïsme réel et pratique, l'époque actuelle s'émanciperait elle-même...  Le Juif s'est émancipé d'une manière juive, non seulement en se rendant maître du marché financier, mais parce que, grâce à lui et par lui, l'argent est devenu une puissance mondiale, et l'esprit pratique juif l'esprit pratique des peuples chrétiens. Les Juifs se sont émancipés dans la mesure même où les chrétiens sont devenus juifs..."

Ce mépris pour la bourgeoisie juive que Marx côtoie tous les jours et qu'il considère comme un "peuple-classe", comme on dira plus tard, semble curieusement faire abstraction des différences sociales au sein de la communauté juive. En ce sens, voilà - à première vue - une analyse assez peu... marxiste. Il faut cependant la considérer dans son contexte.

En 1843, en Allemagne, l'industrialisation n'en est encore qu'à ses débuts. Une classe ouvrière comme en Angleterre n'existe pas vraiment. Et dans cette classe en voie de formation, l'élément juif est quasiment absent. La structure sociale de la population juive allemande est sensiblement différente de celle de l'ensemble de la population. Pas d'agriculteurs, d'ouvriers, de domestiques ; en revanche, beaucoup de négociants, marchands, artisans, prêteurs sur gages, financiers... Marx n'a pas pu voir ce qui n'existait pas. Sa description peut choquer aujourd'hui ; elle correspond néanmoins à la réalité sans fard de son époque. Si les Juifs ont fourni des théoriciens et des militants au mouvement ouvrier, ils n'ont jamais été partie prenante de la classe ouvrière proprement dite - du moins pas en Allemagne.

D'autre part, à l'époque où Marx écrit ce texte, les multiples territoires qui composent l'Allemagne n'ont pas encore accordé l'égalité des droits civiques aux Juifs, comme c'est le cas en France depuis la Révolution. Mais cette "égalité" dont se prévalent les Français n'implique pas, bien évidemment, une authentique égalité pour tous ; comme le dira plus tard George Orwell, certains (les plus riches) sont plus égaux que les autres. Par conséquent, réclamer "l'égalité des droits" sans revendiquer l'émancipation sociale pour ceux qui n'en jouissent pas, cela revient à demander pour la bourgeoisie juive les mêmes privilèges que pour la bourgeoisie non-juive, tandis que les couches populaires restent dénuées de droits. Pour Marx, il n'en est pas question.

L'homme qui rédigera le Manifeste communiste cinq ans plus tard, prône la lutte des classes, l'internationalisme et la révolution sociale universelle. Il se veut l'adversaire de la religion - opium du peuple - et de la bourgeoisie exploiteuse. Pourquoi, dans ces conditions, devrait-il s'engager en faveur des nantis juifs ? Dans son esprit, lorsque l'émancipation sociale de tous les travailleurs sera effective, il n'y aura plus lieu d'opérer une quelconque distinction entre prolétaires juifs (là où ils existent) et prolétaires non-juifs. Quant aux exploiteurs, juifs et non-juifs, ils iront pareillement au diable.

Les textes de Marx sont parfois déroutants pour un lecteur du 21ème siècle, à la fois par le style, les sujets concrets qui y sont traités, la polémique souvent incompréhensible, les allusions diverses à des événements ou à des contemporains oubliés depuis longtemps. Il n'empêche que l'auteur aborde ici en toute franchise des questions que recouvre aujourd'hui le voile du tabou. De nos jours, 40 à 50 % des milliardaires occidentaux sont des "Juifs réels" : une chose pas très bonne à dire. On peut attaquer n'importe quel parasite de la finance, mais s'il est juif, il ne faut surtout pas mentionner son "appartenance ethnique ou religieuse", sous peine de se voir accuser - comme Marx - d'antisémitisme.

Au-delà de tous les débats sur la "nature" du judaïsme (confession ? culture ? nationalité ?), Marx montre que l'essentiel est ailleurs. Après lui, beaucoup de révolutionnaires d'origine juive épouseront ces idées et répudieront leur "qualité" de Juif. Trotzki, par exemple, avait pour habitude d'envoyer promener quiconque venait s'adresser à lui "en tant que Juif" - un acte impardonnable aux yeux des sionistes.

Un autre communiste juif, Abraham Léon (mort à Auschwitz), a développé et complété dans les années 1930-1940 la thèse de Karl Marx. Son ouvrage La conception matérialiste de la question juive démolit bon nombre de mythes sionistes encore embryonnaires un siècle plus tôt. Une citation de Léon : "Les conflits entre le judaïsme et la société chrétienne, sous leur apparence religieuse, sont en réalité des conflits sociaux."

Par une étrange aberration, les marxistes (toutes tendances confondues) sont à la fois associés, voire assimilés "aux Juifs" comme responsables "du communisme", et accusés d'antisémitisme, sous prétexte qu'ils n'ont jamais ménagé un patron, un grand propriétaire ou un intellectuel de descendance juive.



Du retour aux sources au partage de la Palestine

Dans l'immédiat, poutant, l'immigration juive ne cause pas trop de problèmes. Jusqu'en 1914, elle reste faible et il y a, semble-t-il, suffisamment de place pour tout le monde. Les Arabes accueillent bien les nouveaux venus ; ils n'ont pas encore pris conscience des objectifs véritables du sionisme.

Les choses changent quand l'afflux de colons devient plus substantiel. Les organisations juives achètent systématiquement des terres aux grands propriétaires fonciers arabes et en chassent les paysans pauvres qui les cultivaient jusqu'alors. Dans les années 30, avec l'apparition du fascisme en Europe, l'immigration s'accélère et la tension monte. De 1931 à 1935, le pourcentage d'habitants juifs en Palestine passe de 18 à 30 %. En 1937, Londres envisage déjà la partition du pays entre les deux groupes nationaux (rapport Peel), mais suite à l'opposition arabe (il y a eu des révoltes*) et par crainte d'éventuelles implications internationales, on abandonne ce projet.

* Révolte en Palestine. Dans cet article paru en mai 1936 dans L'Humanité, Gabriel Péri (journaliste et homme politique communiste français, fusillé en 1941 par les nazis) expose les sources du drame palestinien : spoliation des Arabes par les sionistes, complicité des occupants anglais, méthodes hitlériennes des colons juifs, accusations abusives d'antisémitisme quand les victimes se rebiffent - les choses n'ont guère changé en 70 ans.  Péri conclut : "La cause des travailleurs juifs, pourchassés par les dictatures fascistes, n’est pas celle des expropriateurs des grandes sociétés sionistes et de leurs troupes d’assaut."

L'expropriateur sioniste Ben Gourion, qui deviendra Premier ministre d'Israël, expose son programme dès 1937 : "Un Etat hébreu partiel n'est pas une fin, mais seulement un début. (...) Nous y ferons venir tous les Juifs qu'il sera possible d'y amener. (...) Nous organiserons une défense nationale moderne (...) et alors je suis certain qu'on ne nous empêchera pas de nous installer dans d'autres parties du pays, soit en accord avec nos voisins, soit par tout autre moyen..."

Quelques années plus tard, alors que la terreur nazie bat son plein, le gouvernement britannique limite l'arrivée de réfugiés juifs. Après 1945, il refuse même un temps l'entrée du territoire aux rescapés des camps de la mort (le roman et le film Exodus* relatent cet épisode). Très vite, cependant, l'immigration reprend, parfois de façon clandestine, malgré les protestations arabes. En 1947, on compte déjà en Palestine 650.000 personnes d'origine juive contre quelques dizaines de milliers 25 ans plus tôt. Il y a 1.300.000 Arabes palestiniens, soit les deux tiers de la population, mais les activistes sionistes vont veiller à ce que les proportions se modifient en leur faveur. Les organisations terroristes des colons juifs (Irgoun, Stern, etc.) combattent maintenant à coup de bombes le colonialisme anglais qui les empêche de coloniser librement le pays. En juillet 1946, un attentat ravage l'hôtel King David à Jérusalem, faisant 90 morts, dont 28 Britanniques, 40 Arabes et 17 Juifs.

* Le roman de Léon Uris et le film d'Otto Preminger véhiculent par ailleurs bon nombre de mensonges et de clichés sionistes : la création de l'Etat d'Israël comme conséquence directe des crimes hitlériens (le mot Holocauste ne sera inventé que beaucoup plus tard) ; le caractère unique de la souffrance juive (alors que trente millions de non-Juifs venaient d'être exterminés par les nazis et qu'il y avait en Europe des dizaines de millions de réfugiés et de personnes déplacées de toutes origines et nationalités) ; les Juifs que tout le monde rejette et qui n'ont aucun endroit où aller, hormis la Palestine ; les droits ancestraux du peuple juif sur cette Terre promise (terre sans peuple pour un peuple sans terre) ; les Juifs prenant possession de zones arides ou marécageuses pour y recréer l'Eden ; les Juifs pacifiques et pleins de bonne volonté confrontés à l'intolérance et à la terreur d'Arabes venus de Syrie ou obéissant au grand mufti nazi, etc...  Parallèlement, tout en passant sous silence les pires crimes sionistes (Deir-Yassine, épuration ethnique), Exodus exalte le terrorisme juif et présente comme de l'héroïsme le fait de vouloir sacrifier des enfants juifs à la cause d'Israël.  Comme le rappelle l'historien juif américain Norman Finkelstein dans son livre Beyond Chutzpah (paru en 2005), l'épisode de l'Exodus tel que le relatent le film et le roman, est à rapprocher de la déclaration suivante faite par Ben Gourion en novembre 1938 : "S'il était possible de sauver l'ensemble des enfants juifs d'Allemagne en les envoyant en Angleterre, mais seulement la moitié d'entre eux en les faisant venir en Palestine, j'opterais sans hésiter pour la seconde solution."

Sur la terreur sioniste en Palestine en 1946-47, les premiers ministres d'Israël au passé terroriste (Menahem Begin, Yitzhak Shamir) et les origines inavouables du Likoud, lire ici : Terrorism and the origins of Israel.

Voir également ce texte de l'auteur juif américain Ronald Bleier : In the Beginning, there was Terror (format pdf).

Selon un document britannique déclassifié récemment et signalé par le Sunday Times du 5 mars 2006, Menahem Begin et l'Irgoun projetaient, en 1946, d'assassiner Ernest Bevin, alors ministre anglais des Affaires étrangères. Ironie du sort, le terroriste Begin se verra attribuer, trente-deux ans plus tard, le Prix Nobel de la Paix.

En novembre 1947, l'ONU vote le partage de la Palestine*. Bien que ne possèdant que 6 % des terres et ne représentant qu'un tiers de la population, les colons juifs se voient attribuer 56 % du pays. Cette inégalité et le morcellement des territoires affectés à chacune des communautés (voir la carte de gauche) est une incitation directe à la guerre. Celle-ci éclate lorsque Ben Gourion proclame l'indépendance de l'Etat d'Israël, le 14 mai 1948. Quelques jours auparavant, une déclaration de l'état-major de la Haganah (l'armée clandestine juive) avait souligné "la gravité de la situation militaire" et annoncé "l'imminence de l'invasion arabe" (sic). Dès sa fondation, le nouvel Etat annonce donc sans ambages que le pays appartient aux Juifs et que les Palestiniens ne sont - en Palestine - que de vulgaires envahisseurs. Cette stupide arrogance n'a pas cessé depuis.   [Plus tard, les Américains reprocheront aux Vietnamiens d'avoir envahi le Viêt-Nam et aux Irakiens de violer l'espace aérien de l'Irak.]

* L'URSS joue un rôle prépondérant dans cette décision. Staline pense alors tirer un certain profit stratégique de la création d'un Etat juif, mais il finira très vite par déchanter. Trente ans plus tôt, Lénine voyait pourtant dans le sionisme "une idée réactionnaire dans son essence, en contradiction avec les intérêts des travailleurs juifs, car elle nuit à l'intégration et encourage l'esprit de ghetto". En 1948, le journal L'Humanité oublie Lénine (et Gabriel Péri) et parle de la "lutte héroïque du peuple juif pour sa liberté".
Ce soutien initial des communistes à l'Etat d'Israël va longtemps contribuer à accréditer l'idée que le sionisme est un projet "de gauche", "socialisant", "progressiste", et à masquer sa véritable nature qui est à la fois raciste, colonialiste, cléricale et rétrograde. Il est vrai que les Arabes, qu'ils soient Palestiniens, Egyptiens, Algériens ou autres, sont considérés, au lendemain de la guerre, comme de vulgaires "indigènes" pas encore mûrs pour l'indépendance, tandis que les Juifs, qui passent unanimement pour cultivés et civilisés, jouissent de l'auréole de persécutés antifascistes. Cette vision déformée de la réalité aura des conséquences désastreuses pour l'évolution politique ultérieure en Palestine et explique encore aujourd'hui, du moins en partie, l'aveuglement d'une certaine gauche face à la politique d'Israël.



Source: Atlas historique Larousse


"La seule solution" :

Dès le départ, les sionistes revendiquent pour eux seuls
toute la Palestine et toute la Transjordanie
(affiche de l'organisation terroriste Irgoun - source : Ronald Bleier)


La Palestine en 1948
(Source : www.plands.org - chargement assez long - 1,9 mo)
Carte grand format indiquant les localités palestiniennes d'avant l'épuration ethnique.
Contient de nombreuses informations chiffrées.


1948-49: la première guerre israélo-arabe

Menahem Begin, qui deviendra plus tard Premier ministre, se distingue pendant cette guerre en massacrant avec d'autres tueurs de l'Irgoun 240 civils à Deir-Yassine* (le 9 avril 1948, cinq semaines avant la proclamation de l'Etat d'Israël et le début "officiel" des hostilités). D'autres atrocités suivront. En décembre 1948, Albert Einstein, Hannah Arendt et quelques autres intellectuels juifs américains dénoncent ces crimes dans une lettre au New York Times. Le Comte Bernadotte, délégué de l'ONU, qui avait également protesté contre la terreur exercée sur les civils arabes, est lui aussi assassiné (par le groupe Stern, en septembre 1948).

* La population juive d'Israël ignore presque tout de ce massacre. Et pourtant, le site du village martyr ne se trouve qu'à quelques centaines de mètres du mémorial de Yad Vashem consacré aux victimes de l'Holocauste. Comment appelle-t-on les gens qui nient la réalité historique ?...

En 1949, après plusieurs mois de combats et quelques autres tueries (Kafar-Kassem, Tantoura*, Lydda, Nasreddine, Douaima), les forces militaires de l'Etat hébreu l'emportent sur les Palestiniens, mollement soutenus par leurs voisins arabes. La ligne de cessez-le-feu devient la nouvelle frontière d'Israël qui obtient ainsi 78 % de la Palestine (carte de droite ci-dessus). La bande de Gaza est attribuée à l'Egypte; la Cisjordanie (rive ouest du Jourdain) est rattachée à la Transjordanie, indépendante depuis 1946 et maintenant appelée Jordanie tout court. Jérusalem est partagée en deux (voir la carte ci-dessous); la vieille ville et le Mur des Lamentations (Western Wall) sont dès lors situés en territoire jordanien, donc inaccessibles aux Juifs. La prochaine guerre est ainsi programmée d'avance.

* 200 villageois assassinés par la Haganah, l'armée "régulière", huit jours après la proclamation de l'Etat juif. Ce massacre, plus tabou encore que celui de Deir-Yassine, a été "révélé" en 2000 par Teddy Katz, de l'Université de Haïfa, dans une thèse de maîtrise - détails.


L'exode forcé des populations arabes, commencé pendant la guerre, se poursuit après. Sur les 475 villages palestiniens existant en 1948 sur le territoire du nouvel Etat, 385 seront complètement rasés pour faire place aux nouveaux venus. On détruit même les cimetières musulmans; à leur place, on érige des hôtels (Jaffa) ou on met des dépôts d'ordures (Afouleh). Les 15 % d'Arabes qui n'ont pas été touchés par l'épuration ethnique sont désormais étrangers dans leur propre pays, au mieux citoyens de second ordre.

Nouvelles précisions sur l'exode des Palestiniens
par Amnon Kapeliouk, journaliste et écrivain israélien (article paru dans le Le Monde Diplomatique en décembre 1986).

L'immigration juive reprend de plus belle; il faut remplir le pays qu'on vide de ses anciens habitants. Pour y parvenir plus rapidement, les services secrets israéliens font exploser des bombes dans les synagogues de Bagdad, mettant ces attentats crimininels sur le compte "des Arabes". En 1950-51, plus de cent mille Juifs irakiens sont ainsi poussés à quitter leur pays pour s'installer en Israël. Une opération similaire est organisée en Egypte quelques années plus tard.

En 1956, Israël compte déjà 1.800.000 ressortissants, dont seulement 10 % d'Arabes. L'ambition des dirigeants est de rassembler en Terre promise la majeure partie de la population juive mondiale, estimée à quelques 12 millions. On est encore loin du compte.

Parallèlement à cette politique de "retour massif", l'Etat juif poursuit ses attaques contre la Jordanie. En octobre 1953, une unité commandée par Ariel Sharon - déjà lui - massacre 69 civils palestiniens à Qibya, petit village frontalier. En mars 1954, les services sionistes font sauter - en territoire israélien - l'autocar Eilat-Bersheeba, tuant dix passagers - tous juifs. L'attentat, présenté comme "l'oeuvre de terroristes arabes", permet une "opération de représailles" contre le village cisjordanien de Nahalin, près de Bethléem ; il y a plusieurs dizaines de morts.

Le CV de Sharon  


Faussaires:

Nous avons reçu, au sujet des réfugiés palestiniens et de l'immigration juive en Israël, un courriel indigné émanant d'un lecteur qui se dit "outré par notre ignorance ou notre partialité". Pour notre édification, ce monsieur nous envoie un article de Shmuel Trigano, professeur de sociologie, paru dans Le Figaro du 4 juin 2001 sous le titre Le péché originel des Etats arabes. L'article a été très largement diffusé. On le retrouve, sous forme d'interview, dans Le Nouvel Observateur du 22 février 2002 (L'Exode oublié des Juifs des pays arabes).

Les arguments de Trigano peuvent en gros se résumer de la façon suivante : si quelqu'un doit se plaindre, ce sont les Israéliens et pas les Palestiniens. En effet, il y aurait eu, en 1948, 540.000 Arabes déplacés (vers la Jordanie, la Syrie, etc.) pour 900.000 Juifs exilés des pays arabes (dont 600.000 vers Israël et 300.000 vers l'Europe et l'Amérique). D'autres peuples ont connu des transferts de population analogues ou pires (1.700.000 personnes déplacées entre la Grèce et la Turquie ; 13 millions entre l'Inde et le Pakistan) : pas de quoi fouetter un chat, en somme.

Le seul problème, c'est que les chiffres présentés par le sociologue sont trafiqués à la hausse en ce qui concerne les Juifs, et à la baisse pour ce qui est des Arabes. L'Américain Noam Chomsky, qui est lui aussi juif et professeur, donne dans son livre The Fateful Triangle le chiffre de 700.000 Palestiniens expulsés de chez eux ou contraints à la fuite en 1948. Pour ce qui est des Juifs, l'Institut Européen de Recherche sur la Coopération Méditerranéenne et Euro-Arabe, dans une étude réalisée en octobre 2001 avec le soutien de la Commission Européenne, indique que 445.000 personnes ont immigré en Israël en provenance de pays arabes - et ce, non pas pour la seule année 1948, mais pour la période allant de 1948 à 1988 (40 ans).

Parmi ces 445.000 exilés, on trouve 50.000 Juifs du Yemen, "rapatriés" en 1950 dans le cadre de l'opération Tapis volant, et 130.000 Juifs irakiens, "sauvés" en 1951 au cours de l'opération Ezra et Néhémie* (suite aux attentats organisés par le Mossad). Sans oublier les exilés juifs d'Egypte (après 1956) et ceux du Maghreb (années 1960). Quel que soit le pays arabe visé, les "réfugiés" ne sont presque jamais partis de leur propre chef mais ont été poussés par le gouvernement de Tel Aviv à "faire leur aliya" (comme disent les sionistes) afin de prendre la place des Palestiniens expulsés.

Dans Le Nouvel Observateur, Trigano précise : "Au Yémen, la communauté juive s'est vu donner une courte période pour quitter les lieux, avant que toute émigration lui soit interdite." Autrement dit, s'ils n'étaient pas partis pour Israël, on les aurait retenus de force au Yémen.  Alors quoi : obligés de partir ou obligés de rester ?...  Shmuel Trigano se moque du monde. Comme dans le cas de la Russie, dans les années 1980-90, il reproche à ses adversaires de faire une chose et son contraire. Au jeu de "Pile je gagne, face tu perds", les chances des sionistes sont toujours illimitées.

* selon la Coordination Intercommunautaire contre l'Antisémitisme et la Diffamation (sic)

Bien entendu, les exactions israéliennes en Palestine ne sont pas restées sans conséquence dans les pays arabes. Si les Irakiens, les Egyptiens ou les Yéménites d'origine juive demeurés loyaux envers leurs pays, n'ont en général rien eu à craindre des gouvernements locaux ou de leurs voisins arabes, il n'en a certainement pas été de même des agents sionistes recrutés ou infiltrés par l'Etat juif. La double allégeance, que beaucoup de Juifs européens et américains considèrent comme normale, n'a jamais été tolérée au Caire, à Damas ou à Bagdad.

Shmuel Trigano n'a pas seulement falsifié les chiffres pour mieux faire passer ses "arguments". Sa comparaison avec l'Inde et la Grèce est bancale. En effet, dans ces pays on a vu - par exemple - des hindous vivant depuis toujours dans une localité devenue pakistanaise prendre le chemin de l'Union Indienne nouvellement fondée, et inversement des musulmans établis depuis des siècles dans une ville attribuée à l'Inde aller s'installer au Pakistan. Même chose pour les flux migratoires Grèce-Turquie et Turquie-Grèce. En Palestine-Israël, rien de tel : les réfugiés palestiniens n'ont pas "cédé leur place" à des Juifs venus des pays arabes, ils ont été chassés de chez eux pour permettre l'installation de Juifs d'Europe centrale. Le sionisme n'a pas été inventé par les Juifs orientaux, qui sont eux-mêmes considérés en Israël comme des Juifs de second ordre (voir le film La dure réalité des Juifs orientaux de David Benchetrit, Israélien d'origine marocaine). Le sionisme a été concocté par des cerveaux allemands, autrichiens, polonais et russes, pour le plus grand malheur des Arabes et des Juifs orientaux (et de beaucoup d'autres gens).


Notre contradicteur conclut ainsi son message : "Si les antisionistes prenaient trop de poids en France, la communauté juive fuirait elle aussi pour renforcer Israël. Grâce à des gens comme vous, les juifs fuient certains départements (la Seine-Saint-Denis), et plus du tiers d'entre eux envisagent un nouvel exode."

Merci de cette précision. Elle illustre à merveille le "sérieux" des affirmations de Shmuel Trigano et de tous les autres propagandistes pro-israéliens. La Seine-Saint-Denis* est ce département de la banlieue nord de Paris où "eut lieu" en juillet 2004, dans un train du RER, une "agression antisémite" aussi "odieuse" qu'imaginaire - détails.  En soixante ans, les sionistes n'ont guère changé leurs méthodes.

Bagdad, Le Caire, Sarcelles - toujours les mêmes ficelles...

* Un coupeur de cheveux en quatre nous fait remarquer sur un ton ironique que c'est dans le département du Val-d'Oise, et non dans la Seine-Saint-Denis, que l'affaire s'est déroulée. Si par affaire, il entend le mensonge, l'affabulation, alors il a tort, puisque la fameuse Marie L. habite la Seine-Saint-Denis et que c'est là qu'elle a déposé plainte. Si, au contraire, il parle de l'acte soi-disant antisémite qui n'a pas eu lieu, alors il a - dans une certaine mesure - raison : ce n'est pas dans la Seine-Saint-Denis qu'il n'y a pas eu d'agression, mais à quelques kilomètres de là, dans le Val-d'Oise ; c'est à Louvres (95) que les agresseurs imaginaires ne sont pas montés dans le train, et à Sarcelles (95) qu'ils n'en sont pas descendus. Voilà qui change tout...


Voir aussi notre page sur les mythes sionistes, en particulier celui de la très antisémitique recrudescence.


Encore un exemple :

Sur le site sioniste québécois Isranet, on peut lire le texte suivant : "Ce que ne vous disent pas les Palestiniens lorsqu'ils crient à l'apartheid, c'est que 1,2 million d'Arabes vivent en Israël, mais qu'aucun juif n'a le droit de vivre à Gaza ni en Cisjordanie. Ils ne vous disent pas non plus que près d'un million de juifs qui vivaient dans les pays arabes depuis des siècles, ont été forcés de quitter ces pays, souvent dans des conditions atroces, simplement parce qu'ils étaient juifs."

Passons sur les "conditions atroces" et sur le "million de juifs des pays arabes", chiffre fantaisiste résultant de la falsification d'un chiffre déjà falsifié par Trigano, et concentrons-nous sur la première phrase. Bien sûr, cette phrase est idiote car chacun sait que quelque 400.000 colons juifs vivent déjà à Gaza et en Cisjordanie (y compris dans les territoires incorporés de force à Jérusalem). Mais ce que veut dire Isranet, on l'avait compris, c'est "qu'aucun juif n'a le droit de vivre" dans les communes palestiniennes de Gaza ou de Cisjordanie qui n'ont pas encore été annexées par les colons.

C'est un peu comme si vous aviez hérité, vous et votre famille, d'une grande maison à la campagne, maison que des inconnus viennent un beau jour occuper contre votre gré. Ils prétendent en être les véritables propriétaires, en vertu d'une donation non documentée (et pour cause) faite il y a fort longtemps à leurs ancêtres wisigoths par quelqu'un qu'ils appellent "Dieu" - leur Dieu.

Pour ne pas choquer les voisins, les "visiteurs" n'expulsent pas d'emblée toute votre famille. Ils permettent à deux de vos enfants de s'installer dans la cave, à titre provisoire. Trois autres de vos fils (vous avez une famille nombreuse) vont camper au fond du jardin où le chef de tribu wisigoth, généreux et magnanime, tolère encore leur présence. Mais comme toute générosité a ses limites, on rogne petit à petit sur l'espace laissé à la disposition de vos enfants, on rase la cabane qu'ils avaient érigée "sans permis de construire" et on édifie à la place un confortable pavillon où vient loger un Wisigoth fraîchement débarqué de Brooklyn, on coupe l'eau à vos mômes sous prétexte qu'ils lancent des pierres sur le nouveau venu, on saccage leur potager, on leur tire dessus et, finalement, on construit un mur de huit mètres de haut équipé de miradors autour de ce qui reste du jardin.

Et puis un jour, vous lisez dans votre journal canadien que vos enfants se sont plaints, mais qu'ils ont tort car on les laisse vivre dans la cave, alors que les pauvres Wisigoths, eux, n'ont même pas le droit de camper au fond du jardin. (Bien entendu, le pavillon ne fait pas partie du jardin mais du territoire wisigoth cédé par Dieu.)  Le journal ajoute que vos enfants sont des racistes et des terroristes qui nient le droit à l'existence des propriétaires wisigoths et rêvent de les rejeter à la mer...


Voir également : La chutzpah des faussaires israéliens 



1956: la deuxième guerre israélo-arabe

En Egypte, sous la conduite du colonel Nasser, une révolution à la fois sociale et nationale a aboli la monarchie et s'efforce de limiter l'influence étrangère. En 1956, le canal de Suez, jusqu'alors aux mains de capitaux franco-anglais, est nationalisé. La France et la Grande-Bretagne organisent alors avec Israël une expédition "punitive" contre l'Egypte. Dans une attaque surprise, l'armée israélienne s'empare de la presqu'île du Sinaï et atteint le canal de Suez. Une mise en garde très ferme de l'URSS stoppe l'agression; Israël doit abandonner sa proie et se replier sur ses frontières de 1949. Mais ce ne sera que partie remise. En attendant, des Casques bleus de l'ONU viennent s'interposer entre les belligérants.


Source: Atlas historique Larousse


1967: la troisième guerre israélo-arabe (guerre des six jours)

Après 1956, de nombreux Juifs vivant dans les pays arabes (Egypte, Afrique du Nord) émigrent vers Israël, de sorte que le nombre d'habitants passe à 2.700.000 en 1967.

En juin de cette année-là, le gouvernement de l'Etat hébreu estime qu'il est temps de passer à l'action. Prenant prétexte du fait que l'armée égyptienne a remplacé les soldats de l'ONU dans le Sinaï, Israël attaque sur tous les fronts. Longuement préparée avec le soutien matériel et financier des Etats-Unis*, cette guerre est un succès pour les expansionnistes de Tel-Aviv. Six jours plus tard, l'Egypte, la Jordanie et la Syrie doivent capituler. Les Israéliens occupent Gaza, le Sinaï, la Cisjordnie et le Golan. Ils réunifient à leur profit la ville de Jérusalem.

* Après l'échec de l'aventure militaire de 1956 et plus encore après la fin de la guerre d'Algérie (1962), Israël se détourne peu à peu de la France, jusqu'alors son allié et fournisseur d'armes privilégié. On perçoit très mal, à Tel Aviv, le fait que le général de Gaulle soit allergique à l'arrogance israélienne et qu'il s'efforce d'établir des relations normales avec les Etats arabes. Avec l'aide du lobby sioniste, les Etats-Unis prennent progressivement le relais. En 1967, la mutation est achevée, ainsi que le prouve l'épisode de l'USS Liberty.


Un nouveau flot de réfugiés palestiniens se déverse sur la Jordanie et vient grossir la masse des exilés de 1948-49.

Dès 1968, les vainqueurs entreprennent l'israélisation des territoires occupés. Ils expulsent par la force les populations arabes de nombreux villages et quartiers urbains, font sauter des maisons à la dynamite, confisquent des terrains convoités, et érigent un peu partout des colonies juives de peuplement. Bien entendu, tout cela est illégal dans un Etat de droit comme prétend l'être Israël, mais qu'importe le droit. L'objectif est de créer une situation de fait qui, on l'espère, deviendra très vite irréversible et immuable.

Effectivement, l'occupation israélienne semble être faite pour durer. La résistance palestinienne se structure; en 1969, Yasser Arafat devient le chef de l'Organisation pour la Libération de la Palestine (OLP), poste qu'il occupe jusqu'à sa mort, en 2004. Certains groupes au sein de l'OLP, frustrés de voir que la lutte ne porte pas ses fruits, préfèrent s'engager dans la voie du terrorisme (détournements d'avions, attentat contre les Jeux olympiques de Munich, etc.).

L'ONU adopte diverses résolutions demandant le retrait des troupes israéliennes des territoires occupés, la reconnaissance d'Israël par les pays arabes et la solution raisonnable du problème des réfugiés. Elles resteront toutes lettre morte, du moins pour ce qui est des obligations de l'Etat juif. Seule la reconnaissance d'Israël par les Arabes aura lieu, plus tard dans les années 80 - malheureusement sans aucune contrepartie pour les Palestiniens.

Heure ALGERIE





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koulchi

Pseudo: ADEL KHEBBABCatégorie: ScienceDescription:
Science, politique internationale, environnement, histoire et énigmes et bien d'autres choses. J'éspère que tout le monde trouvera son sompte ici. Dédié à mon cousin et ami MEHDI (ZZEH), mes amis TAREK (le ptit) et WALID (formagea)
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