Vendredi 17 Février 2006

L'Iran


La bête noire des Etats voyous

Après la "victoire" américaine contre l'Irak de Saddam Hussein, l'Iran demeure - avec la Syrie - le seul obstacle à la réalisation des ambitions impériales des néo-cons au Moyent-Orient. Début 2005, l'Américain Scott Ritter, ancien inspecteur en désarmement de l'ONU et démolisseur éminent du mythe de la "menace irakienne", pense que l'agression contre Téhéran pourrait avoir lieu dès le mois de juin.

Le principal prétexte invoqué pour lancer cette nouvelle guerre ne diffère pas tellement de celui utilisé dans le cas de l'Irak : Téhéran serait sur le point de maîtriser la fabrication d'armes atomiques.* Bien que l'hypothèse soit hautement improbable, l'argument passe mieux, semble-t-il, auprès de l'opinion publique internationale que dans le cas de Bagdad, car l'Iran veut effectivement se doter d'une industrie nucléaire à usage civil et dispose déjà des ressources nécessaires (réacteur de Bushehr - le nom est en soi une provocation).

* Deux autres prétextes : 1) le refus de reconnaître l'Etat d'Israël ; 2) le soutien apporté par l'Iran au Hezbollah libanais, lui aussi bête noire des sionistes - voir notre page sur le Liban et la Syrie.

La pression sur Téhéran est d'autant plus grande que les alliés européens des USA (Grande-Bretagne, France et Allemagne) sont dès le départ impliqués dans cette affaire et qu'ils ont été en quelque sorte chargés par Washington de "négocier" avec le gouvernement iranien, c'est-à-dire d'amener celui-ci à renoncer à toute ambition nucléaire, qu'elle soit civile ou militaire. En cas de refus d'obtempérer de la part du régime islamique, les trois "intermédiaires" européens seraient presque automatiquement conduits à se joindre à la nouvelle agression.

L'Etat voyou de Tel Aviv, qui dispose lui-même d'un arsenal de plus de 500 ogives nucléaires, joue comme toujours le rôle de la "pauvre victime" et presse l'Etat voyou américain, qu'il domine de l'intérieur, de donner son feu vert pour le déclenchement de l'attaque. Les divergences - si divergences il y a - entre les deux gangs terroristes de l'axe israélicain portent sur la forme que revêtira cette attaque. Les gangsters de l'Etat juif sont disposés à lancer eux-mêmes des bombardements aériens contre l'Iran, mais attendent de leur "partenaire" US qu'il "finisse le travail" en occupant le pays.

Lire ici :
Planned US-Israeli Attack on Iran par le professeur canadien Michel Chossudovsky (1er mai 2005).

Voir également cet article du pacifiste israélien Uri Avnery du 19 février 2005:
Rottweiler on a leash - The US wants to "set Israel loose" to attack Iran
(La question est de savoir qui tient qui en laisse.)

Moyen-Orient, Caucase, Asie centrale :
guerres, pétrole et encerclement de l'Iran

 
L'Iran en 2005 : pièce maîtresse de la stratégie de conquête américano-israélienne
(Carte : Global Research)

Fuite en avant

Les likoudiens du Pentagone n'ignorent pas que la situation générale de l'appareil militaire américain ne se prête pas vraiment à une extension de la guerre globale qu'ils ont commencée en
Afghanistan et en Irak. On manque de troupes, le moral est bas. L'adhésion de la population américaine à cette guerre qui n'est pas vraiment la sienne, n'est acquise que grâce à la désinformation des médias contrôlés par les sionistes.

La résistance opposée depuis plus de deux ans par les Irakiens n'était pas prévue au départ ; elle a considérablement retardé la réalisation de la suite du programme. Les néo-cons, qui sont tout ce que l'on voudra sauf de fins stratèges militaires, pensent que la fuite en avant est le meilleur moyen de sortir du bourbier. Plus l'idée est folle, et plus grandes sont les chances de succès, se disent-ils ; ce principe a souvent fonctionné dans l'histoire - plus que centenaire - du mouvement sioniste et de son Etat.

Mais comme il faut bien tenir compte de la réalité immédiate, et puisqu'une guerre terrestre de cette ampleur nécessite davantage de ressources humaines (chair à canon), il est évident qu'un rétablissement du service militaire obligatoire est en préparation. Et pour mieux en faire accepter l'idée, il sera indispensable d'accroître - et surtout de concrétiser - la "menace terroriste" qui pèse, paraît-il, sur les USA. Un nouvel auto-attentat comme celui du 11 septembre (ou pire) pourrait donc précéder ou accompagner les hostilités, afin que les Américains - et avec eux le reste du monde - comprennent enfin qu'une page est définitivement tournée.


Comment l'Iran réagit-il à la menace ?

Malgré des prises de position assez tranchées de la part de certains représentants du régime*, la volonté de résistance - ne parlons pas de dissuasion - semble assez limitée au pays des ayatollahs. Chacun sait que dans une guerre "classique", les voyous états-uniens (et leurs complices israéliens) ne feraient qu'une bouchée d'un adversaire de la taille de l'Iran. Sur ce plan-là, nul n'est en mesure de tenir tête à l'Empire (à l'exception de la Chine et de la Russie - à condition que ces pays en aient la volonté).

* Le ministre iranien de la Défense, l'amiral Ali Chamkhani, déclarait en août 2004 : "Nous ne resterons pas les bras croisés en attendant que les autres fassent de nous ce qu'ils veulent. Les frappes préventives ne sont pas un monopole américain".  Le général Mohammad Baqer Zolqadr, commandant des Gardiens de la Révolution, que certains "experts" considèrent comme le fer de lance du régime islamique (on a prétendu la même chose à propos de la fantomatique Garde Républicaine de Saddam Hussein), précisait de son côté : "Qu'Israël tire un seul missile contre la centrale nucléaire de Bushehr, et il peut oublier à jamais le centre nucléaire de Dimona, où il produit et garde ses armes atomiques".

Quelques missiles Chahab 3 d'une portée suffisante pour atteindre Israël, ne sont pas faits pour effrayer l'agresseur. Les destructions qu'ils pourraient causer seraient sans doute très limitées - s'ils ne sont pas interceptés avant. Depuis la guerre du Golfe de 1991, Israël a fait renforcer - aux frais du contribuable américain - son potentiel de défense antimissiles, tandis que la précision de tir des fusées iraniennes ne doit guère dépasser celle des Scuds irakiens d'il y a quatorze ans. Pour ce qui est des éventuelles charges nucléaires dont pourraient être équipés ces missiles, l'Etat juif sait parfaitement qu'elles n'existent pas et qu'elles n'existeront pas de si tôt. C'est d'ailleurs bien pour cette raison que la decision a été prise d'attaquer l'Iran. Ni Israël ni les Etats-Unis ne s'en prennent jamais à des adversaires "dignes" d'eux. Si Téhéran avait la capacité de se défendre efficacement dans un conflit conventionnel ou nucléaire, le pays serait à l'abri d'une agression. Mais précisément, ce n'est pas le cas.

Comme l'a montré et comme le montre encore l'Irak, l'atout militaire d'un petit pays - et l'Iran en est un malgré ses 70 millions d'habitants et ses 1.650.000 kilomètres carrés - réside avant tout dans son aptitude à organiser la lutte clandestine armée après une invasion étrangère.

Or les religieux iraniens, tout en continuant de prêcher le Djihad (personne ne sait au juste ce que cela veut dire concrètement), sont devenus assez pragmatiques depuis la fin de la guerre Iran-Irak (1988) et la mort du fondateur de leur Etat, l'ayatollah Khomeiny (1989). En d'autres temps et en d'autres lieux, on aurait dit qu'ils se sont embourgeoisés. Plus de vingt-cinq ans après la révolution islamique, la volonté de rompre tout à fait l'isolement avec l'Ouest et d'être enfin considéré comme un pays "normal" (en refusant toutefois de se laisser imposer les formes les plus crues de la décadence occidentale), est un facteur dont il faut tenir compte. Les forces politiques désireuses de trouver un compromis avec le monde globalisé sont présentes partout, y compris chez les mollahs. Ces gens-là auront-ils le courage de résister quand Bush les attaquera ? On peut en douter.

Si la République islamique avait voulu s'opposer - en actes et non en paroles - à l'agression anglo-américaine en Irak, elle l'aurait fait depuis longtemps. Comme la plupart des Iraniens, deux Irakiens sur trois sont chiites. Et pourtant Téhéran, qui influence largement la hiérarchie chiite du pays voisin, a toujours pris soin de laisser faire les envahisseurs. L'ayatollah "irakien" Sistani, qui est en fait de nationalité iranienne, ne prend jamais la défense de ses partisans lorsque ceux-ci s'insurgent contre l'occupant. Pendant le soulèvement de Nadjaf, en août 2004, Sistani est parti se faire soigner à Londres. Il a fait tout son possible pour empêcher que les milices de son "rival" l'imam Moqtada Sadr (l'armée du Mehdi) se joignent à la résistance patriotique animée par les anciens militaires et membres du parti Baas.

La seule explication au fait que, depuis 2003, le régime de Téhéran n'ait pas bougé le petit doigt pour venir en aide à ses "frères" irakiens, c'est qu'il existe un accord tacite entre les agresseurs et les dirigeants iraniens : n'intervenez pas en Irak et nous ne vous attaquerons pas (pas encore). Peut-on attendre de ces dirigeants qu'ils modifient leur conduite lorsque leur pays sera agressé ? Ont-ils prévu d'organiser la guérilla après l'invasion ? C'est possible, mais pas très vraisemblable, compte tenu de ce que nous savons. Mais il est vrai que nous ne savions rien non plus des préparatifs d'autodéfense de Saddam Hussein.

En cas d'occupation étrangère, les militaires iraniens peuvent-ils jouer un rôle comparable à celui de leurs homologues d'Irak ? Une résistance laïque est-elle concevable ?...  Aucun des "experts" autoproclamés qui s'expriment sur le "dossier iranien" n'est en mesure de répondre à ces questions - ils le feront a posteriori.


Pétrole

En 2003, l'Iran occupait la quatrième place mondiale à la fois dans la liste des pays producteurs (derrière l'Arabie Saoudite, les Etats-Unis et la Russie) et dans celle des pays exportateurs (après l'Arabie Saoudite, la Russie et la Norvège). L'Iran est membre de l'OPEP.

Le pays produit près de 4 millions de barils de brut par jour (1 baril = 159 litres = 0,148 tonne) et en exporte 2,5 millions (Arabie : 10 millions et 8,5 millions respectivement). Cela correspond à 1,5 milliard de barils produits par an et à 900 millions de barils exportés. A 65 dollars le baril en août 2005, on voit ce que cela représente. Et les pétroliers texans devraient renoncer à cette manne ?...

Ils le feront d'autant moins, eux et leurs complices, que la guerre leur servira de prétexte pour faire grimper les cours bien plus haut encore. On parle déjà de 100, 150, voire 200 dollars le baril.



La guerre a-t-elle déjà commencé ?

En juin 2005, l'Américain Scott Ritter pense que la guerre contre l'Iran a en fait déjà commencé, même si pour l'opinion publique, le premier coup de feu n'a pas encore été tiré. L'agression contre l'Irak avait, elle aussi, débuté bien avant les premiers bombardements du 20 mars 2003.

Violations de l'espace aérien de l'Iran, espionnage, opérations de commandos, actes de sabotage et attentats terroristes ont déjà lieu depuis quelque temps. La CIA utilise les "services" du groupe Mujahadeen el-Khalq (MEK), une organisation autrefois contrôlée par l'Irak de Saddam Hussein et récupérée entre-temps par les Etats-Unis.

D'autre part, l'Azerbaïdajan, ce pays voisin de l'Iran dont presque personne ne parle, est appelé à jouer un rôle de premier plan dans la guerre contre Téhéran. De nombreux Iraniens (un sur cinq, soit environ 14 millions de personnes) sont de langue ou culture azérie, alors que l'Azerbaïdjan proprement dit compte moins de 9 millions d'habitants. Il n'est donc pas étonnant que ce petit pays ait été choisi comme base arrière - d'autant qu'il rend déjà de sacrés services aux stratèges américains dans leur lutte contre la Russie (pétrole de la Caspienne).


Elections

Le 17 juin, alors que des élections sont en cours en Iran (élections certainement plus démocratiques que les élections frauduleuses pratiquées aux USA depuis novembre 2000), le terroriste de la Maison Blanche, celui que les médias appellent "le président" (nom savant : texanopitecus barbarus) lance une nouvelle attaque verbale contre Téhéran (bien sûr, le texte n'est pas de lui mais de ses "conseillers" israélicains) : "L'Iran est gouverné par des hommes qui bafouent les libertés dans leur propre pays et sèment la terreur partout dans le monde. Le pouvoir est aux mains d'une petite minorité non élue, arrivée aux commandes grâce à un processus électoral qui viole les règles les plus élémentaires de la démocratie."

Remplacez "Iran" par "USA", et vous avez une définition qui s'applique mot pour mot à la junte Bush. Voilà sans aucun doute un des meilleurs exemples de chutzpah néo-conne de ces dernières années.

Le 24 juin 2005, second tour des présidentielles iraniennes. Mahmoud Ahmadinejad, le maire de Téhéran que les médias présentent comme un "ultra-conservateur", "populiste" et "islamiste", l'emporte avec 62 % des suffrages sur son concurrent Rafsandjani, milliardaire "modéré" et favori de l'Union européenne. De toute évidence, la menace extérieure a produit l'inverse de l'effet escompté ; la plupart des Iraniens voient dans l'opposant battu un profiteur et un cheval de Troie de l'Occident.

Bien entendu, les fraudeurs états-uniens dénoncent la "fraude électorale" iranienne. En leur for intérieur, cependant, ils doivent se réjouir ; avec Ahmadinejad à la présidence de l'Iran, l'Europe sera moins réticente à les suivre dans l'agression qui s'annonce.

La presse française, elle, parvient mal à cacher sa déception - un peu comme après le "non" au référendum du 29 mai. Un rédacteur de l'AFP va même jusqu'à écrire : "La communauté internationale a exprimé son anxiété."  Tiens donc, comment sait-il cela ?...  C'est bien simple, il a reçu un coup de fil le lendemain de l'élection :

- Allô ! C'est bien l'AFP ?
- Oui, bonjour, qui est là ?
- Bonjour, c'est la communauté internationale.
- Ah bon, j'attendais un appel de l'opinion publique, mais tant pis, va pour la communauté internationale.
- Oui, voilà, je vous téléphone au sujet d'Ahmadinejad.
- Ahma-quoi ?
- Ahmadinejad, vous savez, l'ultra-conservateur islamo-extrémiste qui vient d'être élu à Téhéran.
- Ah oui... et alors ?
- Ben, je voudrais exprimer mon anxiété.
- Votre anxiété ? Mais vous faites erreur, je ne suis pas psychanalyste.
- Je sais, vous êtes journaliste... Vous pourriez peut-être en parler.
- De votre anxiété ?... Bon, d'accord... mais c'est bien parce que c'est vous.
- Merci infiniment, la communauté internationale n'oubliera pas ce que vous faites pour elle...



Mise en condition de l'opinion publique internationale

Les auto-attentats terroristes de
Londres du 7 juillet 2005 (56 morts, 700 blessés) pourraient constituer le prélude au déclenchement de l'agression annoncée contre l'Iran.

Tandis que le nouveau gouvernement de Téhéran revendique, à l'échelle mondiale, l'interdiction de toutes les armes de destruction massive, les attaques verbales des gangsters de l'axe Washington-Tel Aviv se multiplient et prennent un tour de plus en plus violent.

Si l'on en croit Philip Giraldi, un ancien de la CIA, "les Etats-Unis s'apprêtent à lancer des attaques aériennes massives contre l'Iran, utilisant à la fois des armes conventionnelles et des armes nucléaires tactiques" (The American Conservative du 1er août). Le plan américain, supervisé par le "vice-président" Dick Cheney, est conçu comme une riposte (sic) " pour le cas où les USA seraient victimes d'un attentat terroriste comparable à celui du 11 septembre". On peut en conclure que la Maison Blanche et le Pentagone préparent de nouvelles atrocités non seulement contre les civils iraniens mais aussi contre leur propre population.

60 ans après Hiroshima :

Le rêve israélo-américain est-il sur le point de se réaliser ?
(source : www.rense.com)

Un autre prétexte invoqué par les USA pour "justifier" par avance une future agression, c'est la volonté de l'Iran de poursuivre son programme nucléaire civil, un programme absolument légitime et légal* aux yeux de la loi internationale. Mais les Américains prétendent - contre toute évidence, et comme dans le cas de l'Irak - que Téhéran est sur le point de fabriquer des armes atomiques. L'Europe, hélas, les suit dans cette voie.

* Les activités nucléaires iraniennes sont parfaitement conformes au traité de non-prolifération de l'ONU et restent soumises à la surveillance de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). On aimerait pouvoir en dire autant des programmes américain et surtout israélien...  Malheureusement, comme Hans Blix en 2002-2003, les marionnettes des organisations internationales sont aux mains des ventriloques néo-cons. Tout ce qu'elles vont "déclarer" dans les prochaines semaines est donc déjà connu d'avance.

En octobre 2005, l'AIEA et son patron Mohamed El-Baradei reçoivent le Prix Nobel de la Paix - sans doute pour les remercier d'avoir joué le jeu dans l'affaire des imaginaires armes de destruction massive irakiennes et d'avoir fermé les yeux sur l'existence, bien réelle, de l'arsenal israélien. Avec cette récompense en poche, l'Arabe préféré de l'Axe Bush-Sharon (il est Egyptien) n'a plus aucune raison de ménager l'Iran.


Les accusations proférées contre Téhéran par les agresseurs de Washington varient pratiquement chaque jour. Pas étonnant, dans ces conditions, que le gouvernement iranien soit aussi déclaré "coupable" de fournir des engins explosifs de forte puissance aux insurgés irakiens, ce qui "expliquerait", paraît-il, que ceux-ci soient en mesure de détruire les véhicules blindés américains par douzaines. Comme si l'Iran, dont l'effet passif et modérateur vis-à-vis des chiites irakiens est bien connu
encourageait la résistance patriotique (et laïque) du pays voisin.

Il semblerait, au contraire, que ce soient des terroristes à la solde des Britanniques qui sévissent en territoire iranien (attentats commis à Ahvaz, dans le sud-ouest du pays - six morts, plus de cent blessés).

Face à la concrétisation de la menace extérieure, l'Iran semble se rapprocher de l'autre victime en puissance,
la Syrie. Il était temps...  On ignore cependant si la déclaration d'intention formulée à l'occasion de la visite du président syrien à Téhéran, début août, sera suivie de mesures pratiques.


Fin octobre 2005, une déclaration anti-israélienne d'Ahmadinejad déclenche une vague d'hystérie dans les milieux occidentaux inféodés au sionisme. Le président parle d'"une vague de spiritualité et d'éveil de l'Islam" qui finira par effacer "cette tache impure que représente Israël à côté du monde musulman" (source : l'agence de presse iranienne
Irna). Ce qui donne dans nos médias : propos inacceptables, inquiétants et répugnants, antisémitisme, etc... Autrement dit : crime de lèse-Israël.

Le régime de Tel Aviv exige que l'Iran soit expulsé de l'ONU. Bonne idée, chassons des Nations Unies tous ces pays qui ont laissé passer les horribles résolutions condamnant la politique de l'Etat juif. L'ONU idéale ne devrait compter que quatre membres : les USA, Israël, la Micronésie et les Iles Marshall.

Tandis que les Iraniens (et pas seulement eux) rêvent d'un Monde sans sionisme (c'est l'intitulé de la conférence au cours de laquelle Ahmadinejad s'est exprimé), en France, les pressetitués du nouvel ordre mondial se mobilisent pour préparer l'opinion à la prochaine guerre d'agression.

Dans

du 28 octobre 2005,
l'adjudant-chef Plantu s'en donne à coeur joie :

Iran = nazis + extermination des Juifs
+ "programme nucléaire mystérieux et inquiétant"
(dixit le journal)

Tout comme l'AFP (voir un peu plus haut), l'organe central des intellectuels sharognards de France a des relations privilégiées avec "la communauté internationale" et nous révèle que celle-ci a "manifesté sa réprobation". (Pour contacter "la communauté internationale", quand on est scribouillard chez Colombani, il suffit de téléphoner au service des relations publiques de l'ambassade d'Israël - pour seulement 49,95 euros la minute.)

En 2007-2008, comme il se doit, le quotidien en question viendra nous bassiner avec les "erreurs stratégiques" et les "mensonges présidentiels" ayant accompagné la nouvelle guerre. Une fois de plus, les journalistes manipulateurs d'opinion tenteront de nous faire croire qu'ils sont eux-mêmes les victimes d'une manipulation de la Maison Blanche.

En attendant, les champions de l'anti-antisémitisme récidivent en décembre 2005, sous prétexte qu'Ahmadinejad, dans un discours prononcé en Arabie Saoudite, a une nouvelle fois osé s'en prendre aux intouchables sionistes, proposant de transférer Israël en Allemagne ou en Autriche, pays responsables du génocide juif des années 40 : "Pourquoi les Palestiniens, qui ne sont nullement coupables de ce que vous appelez l'Holocauste, devraient-ils en subir les conséquences ?..." La caste politico-médiatique occidentale, qui s'offusque à l'idée qu'on puisse "aller si loin", trouve par contre tout à fait normal et naturel que l'Etat voyou de Tel Aviv menace l'Iran de destruction nucléaire.

Le 4 janvier 2006, le quotidien britannique The Guardian, qui passe généralement pour un journal sérieux, annonce que "l'Iran s'est procuré, en Europe et ailleurs, du matériel permettant de construire une bombe atomique". L'"information", qui émane soi-disant de "services secrets occidentaux", rappelle étrangement le mensonge du yellow cake nigérien, utilisé trois ans plus tôt par la clique Bush pour "justifier" la guerre contre Saddam. Il semblerait que l'agression contre Téhéran soit imminente.

Les "pacifistes" de Paris et de Berlin y participeront certainement, sauf nécessité tactique interne, comme pour l'Irak. Mais ce genre d'obstacle est assez peu probable cette fois ; les agresseurs ont mieux préparé leur coup. Quoi qu'il en soit, l'aide "passive" aux Etats voyous est déjà en marche. L'Allemagne, par exemple, fournit des passeports au Mossad, afin que ses agents puissent en toute tranquillité préparer l'attaque contre l'Iran sur le terrain. C'est le Kölner Stadt-Anzeiger, un journal de Cologne, qui annonce la nouvelle le 13 janvier, sur la base d'informations reçues d'un ancien du BND - voir
l'article (en allemand).

Au mépris de toutes les lois et règles internationales, y compris celles régissant l'ONU et l'AIEA, le chef de cette organisation, Mohamed El-Baradei, larbin des sionistes et titulaire du Nobel de la "Paix", menace ouvertement l'Iran d'intervention militaire. La Russie et la Chine, qui auraient le pouvoir d'empêcher cette nouvelle catastrophe, préfèrent se taire - en attendant que vienne leur tour.

Le 14 janvier, Ahmadinejad déclare dans une conférence de presse : "Nous pensons que tous les pays ont le droit de se doter d'une technologie nucléaire." CNN remplace aussitôt le mot technologie par le mot armes. Et voilà, Téhéran a enfin "avoué"...  Le retour de bâton ne se fait pas attendre : désormais les faussaires d'Atlanta sont interdits de séjour en Iran - ce qui, bien entendu, constitue une "intolérable atteinte à la liberté de la presse"...

Peu après, à Ahvaz (sud-ouest), six personnes sont tuées et quinze blessées dans deux attentats terroristes. On voit que les "touristes allemands" ne perdent pas de temps.

Le 27 janvier, on célèbre la Journée de l'Holocauste - qui consiste en fait à rendre hommage aux 6 millions de victimes juives en passant sous silence les 30 millions de non-Juifs tués par les nazis. C'est une occasion de plus pour la caste politico-journalistique occidentale de se surpasser en tirades anti-iraniennes.

Quatre jours plus tard, le taré de la Maison Blanche déclare dans "son" discours sur l'état de l'Union : "Le monde ne peut pas permettre à l'Iran d'avoir des armes nuculaires" (sic).

Début février 2006, la provocation des caricatures danoises de Mahomet donne lieu à des protestations à Téhéran. Le régime iranien saute à pieds joints dans le piège, ce qui fournit de nouveaux "arguments" aux fauteurs de guerre de l'axe Washington-Tel Aviv et à leurs marionnettes. En Allemagne. la surenchère iranophobe prend un tour inattendu : Günther Beckstein, un plouc ringard qui exerce les fonctions de ministre de l'Intérieur de l'Etat libre de Bavière (sic), annonce une surveillance renforcée des supporters iraniens à l'occasion du Mondial de foot de juin 2006, tandis que Daniel "néo"-Cohn-Bendit, enragé sioniste franco-allemand "de gauche", revendique l'exclusion pure et simple de l'équipe iranienne - génial, on pourrait peut-être la remplacer par l'équipe israélienne, ça ferait moins antisémitique...



Chronologie 1900-2006

  • 1901 : William Knox d'Arcy, un richissime Anglais, entend parler des ressources pétrolières (encore inexploitées) de la Perse. Il se fait attribuer une concession pour l'ensemble du territoire. Ainsi naîtra British Petroleum - BP.

  • 1907 : Un accord conclu entre la Russie tsariste et l'Empire britannique divise la Perse en deux zones d'influence (nord et sud).

  • 1908 : Le pétrole jaillit pour la première fois en Perse.

  • 1913 : Création de l'Anglo-Persian Oil Company - APOC. Elle deviendra plus tard l'AIOC (Anglo-Iranian Oil Company). Malgré son nom, l'APOC est presque exclusivement britannique (BP).

  • 1917-20 : Profitant de la révolution russe, Londres s'efforce d'étendre son emprise sur la région. Depuis la Perse, des troupes anglaises interviennent contre les bolcheviks dans le Caucase et en Asie centrale.

  • 1921 : L'empereur (chah) Reza Pahlevi prend le pouvoir en Perse sous le contrôle de la Grande-Bretagne.

  • 1935 : La Perse devient l'Iran. L'empereur impose une occidentalisation du pays et un certain recul du pouvoir religieux.

  • 1941 : L'Allemagne nazie envahit l'URSS et tente de s'emparer des puits de pétrole de la Caspienne. L'Iran n'est pas loin. Le chah Reza Pahlevi, pro-allemand, est contraint à l'exil ; il doit abdiquer en faveur de son fils Mohammad Reza. Soviétiques et Britanniques, maintenant alliés, occupent une partie de l'Iran.

  • 1943 : En décembre, après les victoires soviétiques de Stalingrad et de Koursk, la conférence interalliée de Téhéran (USA, Grande-Bretagne, URSS) prépare l'ouverture d'un second front en Europe occidentale. Six mois plus tard aura lieu le débarquement de Normandie.

  • 1947 : Avec l'avènement de la guerre froide, l'Iran devient une pièce importante sur l'échiquier mondial. Les Anglo-Américains exercent leur domination sur le pays par l'entremise du chah.

  • 1951 : Le Premier ministre Mohammad Mossadegh nationalise l'industrie pétrolière à la suite du refus de l'AIOC de partager ses bénéfices avec l'Etat iranien. Boycott anglo-américain contre Téhéran.

  • 1953 : Une tentative d'assassinat du Premier ministre, à laquelle sont mêlés le chah, des militaires et des ministres corrompus, échoue en mars 1953. Le 16 août, l'empereur essaie de faire arrêter Mossadegh, mais un soulèvement populaire soutenu par une partie de l'armée fait échouer l'opération. La dictature impériale s'effondre, le chah se réfugie à l'étranger, on déboulonne ses statues. Quelques jours plus tard, une intervention anglo-américaine permet de rétablir la dictature. La résidence de Mossadegh est bombardée, il parvient à s'échapper. Capturé, il est condamné à mort mais ne sera pas exécuté ; il passera trois ans en prison et le reste de sa vie (onze ans) en résidence surveillée. Après 1953, une répression féroce s'abat sur le pays. Les compagnies pétrolières sont reprivatisées.

  • 1955 : L'Iran adhère au pacte de Bagdad (l'OTAN du Moyen-Orient).

  • 1963 : Nouvelle vague de "modernisation" du pays accompagnée d'un durcissement de la répression politique.

  • 1973 : Le chah, qui a l'ambition de faire de l'Iran une grande puissance régionale, envoie ses troupes et son aviation combattre les insurgés du Dhofar (une province du sultanat d'Oman).

  • 1975 : Un accord signé à Alger met fin (provisoirement) au différend frontalier entre l'Irak et l'Iran à propos du Chatt Al-Arab (estuaire du Tigre et de l'Euphrate).

  • 1978 : En janvier, premières manifestations religieuses à Qom (ville sainte chiite). En septembre, à Téhéran, l'armée du chah tire sur la foule ; il y a des centaines de victimes.

  • 1979 : En janvier-février, révolution islamiste chiite* sous la conduite de l'ayatollah Khomeiny, jusqu'alors exilé en France. Abolition de la monarchie ; l'ex-chah se réfugie aux Etats-Unis ; proclamation d'une république islamique. Les richesses pétrolières sont nationalisées. La confrontation avec les USA s'accentue. En novembre, prise d'otages à l'ambassade américaine à Téhéran (quelques mois plus tard, une tentative de libération des prisonniers par un commando militaire héliporté échouera lamentablement).

    * L'Iran compte environ 98 % de musulmans, dont près de 90 % de chiites.

  • 1980 : Pour laver l'affront subi dans l'affaire des otages, les Etats-Unis poussent leur allié irakien Saddam Hussein à attaquer l'Iran (les hostilités éclatent en septembre 1980). Prétexte invoqué : incidents fontaliers sur le Chatt Al-Arab. Ce qui devait être une simple "promenade" va durer huit ans et causer des centaines de milliers de morts de part et d'autre.

  • 1981 : En janvier, l'Iran relâche les otages américains après quatorze mois de captivité. Les prisonniers auraient pu être libérés plus vite si les services secrets américains n'avaient pas retardé le processus afin que le mérite de l'opération revienne au nouveau président Ronald Reagan et non à son prédécesseur Jimmy Carter.

  • 1986 : L'affaire "Iran-Contras" agite les Etats-Unis. Il s'agit d'un double scandale qui n'aura cependant aucune conséquence politique pour Ronald Reagan (d'autres porteront le chapeau). D'une part, le président a fait livrer des armes à l'Iran ("ennemi mortel" des USA depuis 1979), en violation des lois américaines et à l'insu de son protégé irakien Saddam Hussein - ce qui a prolongé la guerre entre les deux voisins. D'autre part, avec le produit de cette vente illégale (Téhéran a bien entendu payé cash), la Maison Blanche a pu financer la contre-révolution armée au Nicaragua - opération elle aussi illégale et pour laquelle rien n'était prévu au budget. (Vingt ans plus tard, cette affaire peut paraître insolite, mais à l'époque, le Congrès n'était pas encore la chambre d'enregistrement qu'il est aujourd'hui*. Le président américain devait louvoyer et prendre des précautions avant de se lancer dans une entreprise criminelle non autorisée. Les temps ont bien changé.)

    * En 2005, les seules questions que se pose un député du Congrès sont les suivantes : 1) Est-ce bon pour Israël ?   2) Est-ce bon pour ma carrière ?  Mais en fait, ces deux questions n'en font qu'une.

  • 1988 : En juillet, la marine américaine détruit un avion de ligne iranien qui survolait le golfe Persique, tuant 290 personnes. Les Etats-Unis prétendent qu'il s'agit d'une "erreur". En décembre de la même année, un avion de la Pan Am explose au-dessus de Lockerbie (Ecosse) suite à un attentat terroriste ; il y a 270 victimes. Les USA accusent d'abord l'Iran, puis trouvent plus pratique d'incriminer la Libye (en 2004, ce pays "avouera son crime" pour obtenir une normalisation de ses relations avec l'Occident).

  • 1989 : Décès de l'ayatollah Khomeiny.

  • 1990-2006 : Contrairement aux "prévisions optimistes" de Washington, le régime iranien ne s'effondre pas après la mort de Khomeiny. Ali Khamenei prend la relève en tant que "guide suprême" de la République islamique. Sur le plan économique, les "sanctions" imposées par les USA frappent plus durement les compagnies américaines que l'économie iranienne. L'Europe, qui refuse de couper les ponts avec Téhéran, profite de l'embargo.

 

 

 

Heure ALGERIE





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Science, politique internationale, environnement, histoire et énigmes et bien d'autres choses. J'éspère que tout le monde trouvera son sompte ici. Dédié à mon cousin et ami MEHDI (ZZEH), mes amis TAREK (le ptit) et WALID (formagea)
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