Mercredi 08 Février 2006

article paru sur http://membres.lycos.fr/wotraceafg

LE COMPLOT SE CONCRÉTISE :

Lorsqu'il est question de complot ou de conspiration, on songe aussitôt à un groupe clandestin agissant en secret pour renverser par la force le gouvernement en place afin de se substituer à lui, un peu dans le style sud-américain ou africain. On peut aussi penser à une conspiration ne s'appuyant pas seulement sur quelques éléments de l'armée, mais jouissant d'un soutien populaire beaucoup plus large, en quelque sorte l'étincelle qui mettra le feu aux poudres et accompagnera un mouvement révolutionnaire.

Dans le cas des Etats-Unis, il est évident qu'aucun de ces deux "modèles" n'est applicable.

Bien entendu, jusqu'en 2000, les initiateurs du mouvement veulent se débarrasser du gouvernement Clinton, mais ils espèrent que des méthodes légales - ou du moins des méthodes dont personne ne contestera trop bruyamment la légitimité - pourront produire l'effet voulu. Face aux coups de boutoir de l'adversaire, les démocrates renoncent à contre-attaquer, ils restent sur la défensive. Leur réaction est molle, ils sont comme paralysés. Pour riposter, ils ne peuvent compter ni sur les organes de l'appareil d'Etat ni sur les médias, puisque les uns et les autres sont largement contrôlés par leurs adversaires.* Ils pourraient certes mobiliser leur électorat, mais cela ne s'est jamais vu dans le camp démocrate depuis Franklin Roosevelt ; la combativité des partisans de Clinton ne va guère au-delà de la sauvegarde de leur propre carrière. La seule fois que le public percevra un timide signe de protestation de l'entourage du président face aux menées subversives de l'oppostion de droite, c'est lorsque la procédure de destitution aura été lancée.

* A partir de 1995 (seconde moitié du premier mandat présidentiel), ils ne peuvent pas non plus compter sur le Congrès, car les républicains y ont la majorité, aussi bien à la Chambre des Représentants qu'au Sénat. Les députés sont élus pour deux ans ; les sénateurs pour six ans, avec renouvellement d'un tiers du Sénat tous les deux ans. Lorsque le président, élu pour quatre ans, ne dispose pas d'une majorité parlementaire, il n'y a pas pour autant cohabitation comme en France ; le président, qui est aussi chef du gouvernement, choisit toujours ses ministres parmi ses partisans. En ce qui concerne Clinton, le fait d'avoir ou de ne pas avoir de majorité parlementaire n'a pratiquement pas influencé la politique suivie. Le drame du président est qu'il n'a jamais su - ou jamais voulu - utiliser sa majorité pour imposer une ligne différente de celle de l'opposition. (Pour replacer les élections américaines dans leur véritable contexte et éclairer leur caractère "démocratique", précisons que le taux de participation atteint rarement 50 % - en 1998 : 38 %.)

Dans ces conditions, les attaquants ont beau jeu de se retrancher derrière le caractère "légal" et "démocratique" de leur entreprise. Il est vrai qu'à aucun moment, on n'a vu de forces insurgées investir la Maison Blanche ou le Congrès ; aucun ministre, aucun député n'a été arrêté. Et après l'élection frauduleuse de novembre 2000, il ne sera plus question de renverser le président, mais de radicaliser le pouvoir que l'on détient déjà.

Un complot peut parfois revêtir des formes plus subtiles qu'un vulgaire projet de putsch - le précédent historique de 1933 est là pour le prouver - voir plus bas.

L'affaire Lewinsky : :

Elle éclate en janvier 1998, un an après le début du second mandat de Bill Clinton. Les circonstances dans lesquelles la presse dévoile l'affaire renseignent aussitôt sur les intentions des organisateurs du scandale. Lorsque la bombe médiatique explose, le président américain reçoit à la Maison Blanche le premier ministre israélien Nétanyahou et le président palestinien Arafat. Arafat ne comprend pas pourquoi les journalistes s'intéressent davantage à la vie privée de Clinton qu'au "processus de paix" en Palestine. Nétanyahou, au courant de ce qui se trame (ses services y jouent un rôle de premier plan), rit intérieurement. Un des effets secondaires de ce que les médias appellent déjà le Monicagate sera une plus grande "compréhension" américaine pour la politique d'Israël - plus grande encore qu'elle ne l'était déjà. (Et pourtant, Clinton et les démocrates étaient unanimement considérés comme beaucoup plus pro-israéliens que les républicains - mais on sait que le lobby sioniste n'en a jamais assez...)

Une autre conséquence, et non des moindres, de l'affaire Lewinsky résidera dans l'engagement militaire accru des Etats-Unis dans le monde. Pour tenter de faire oublier ses escapades, Clinton ira bombarder le Soudan, l'Irak et l'Afghanistan. Il se laissera aussi entraîner dans une guerre contre la Yougoslavie, à propos du Kosovo, une minuscule province dont aucun Américain n'a jamais entendu parler. Et ce, pour le compte d'une organisation - l'UCK - que le Département d'Etat considérait encore comme terroriste quelques mois plus tôt.

On peut, en gros, résumer l'affaire Lewinsky de la façon suivante : fin 1997, Kenneth Starr, procureur indépendant auprès de la Chambre des Représentants (Independent Counsel to the U.S. House of Representatives), enquête pour le compte de la majorité républicaine sur divers scandales susceptibles de déstabiliser davantage le président. Il s'intéresse surtout à l'affaire de Whitewater, une magouille immobilière relativement modeste à laquelle Bill Clinton s'est trouvé mêlé lorsqu'il était gouverneur de l'Arkansas. Il y a aussi une histoire de harcèlement sexuel dont il se serait rendu coupable à la même époque sur la personne de Paula Jones, une de ses secrétaires.

Kenneth Starr apprend alors "par hasard" que Monica Lewinsky, lors d'un stage effectué à la Maison Blanche en 1995, et plus tard en 1996-97 alors qu'elle exerce un emploi au Pentagone, a eu des relations sexuelles avec le président. Avec Starr, les comploteurs disposent du parfait inquisiteur. Ils savent que ses conceptions "morales" assez proches de celles des chasseurs de sorcières du 17ème siècle, garantissent l'effet optimal.

Bien entendu, le Washington DC de 1998 n'est plus tout à fait le Salem de 1689, c'est pourquoi les intentions de Mr. Clean diffèrent un peu de celles de ses inspirateurs puritains. Au lieu d'envoyer la coupable au bûcher, il va veiller à ce qu'elle passe des aveux complets et détaillés. Pendant ce temps, d'autres se chargeront de pousser le président à nier les faits, à mentir en public et sous serment.

En septembre 1998, l'inquisiteur met en ligne un rapport qu'il prend soin de revêtir de la mention "WARNING : The following report contains sexually explicit language" - c'est l'équivalent de la mise en garde aux parents sans laquelle un CD de rap serait invendable. Des millions d'internautes américains se précipitent alors sur le chef-d'oeuvre de celui qu'on appelle désormais Kenneth "Porn" Starr, à la recherche des passages les plus "croustillants".

Le rapport Starr sera l'acte d'accusation dans la procédure de destitution intentée contre Clinton devant le Congrès. En février 1999, le Sénat "jugera" le président pour parjure et entrave à la justice, et l'acquittera par 54 voix contre 45 et une abstention. Pour une destitution, 67 voix auraient été nécessaires. La tentative avortée n'a même pas recueilli l'appui de tous les sénateurs républicains (ils sont 55). C'est le signe d'un malaise évident causé par la nature des méthodes employées. Politiquement et moralement, Clinton sort indemne de cette affaire. Mais il adopte néanmoins un profil bas jusqu'à la fin de son second mandat, près de deux ans plus tard. Bien que l'affaire ait montré que le président jouit de la sympathie de ses concitoyens, Clinton ne fait rien pour exploiter la situation à son profit.

Le rôle du lobby sioniste dans cette affaire : :

Malgré l'habituelle et automatique accusation d'antisémitisme qui accueille l'évocation de ce thème en dehors de la communauté juive, il faut savoir que les milieux juifs américains ne se sont pas privés d'en parler.

Daniel Kurtzman, sous le titre Jewish Involvement in Monicagate énumère les "indices" : Monica Lewinsky vient d'une riche famille juive de Beverly Hills ; Walter Kaye, ancien PDG - juif - d'une grande compagnie d'assurances et commanditaire du Parti démocrate, fournit la lettre de recommandation qui permet à Monica Lewinsky d'obtenir sa place de stagiaire à la Maison Blanche ; Jay Footlik, responsable des relations de la Présidence avec la communauté juive, met la jeune stagiaire en contact direct avec le président ; Dick Morris, conseiller - également juif - de Bill Clinton, est l'inspirateur des démentis présidentiels sans lequels il n'y aurait pas eu d'affaire (Clinton avait parfaitement le droit de ne rien dire) ; William Ginsburg, l'avocat - juif lui aussi - de Monica Lewinsky, manoeuvre sa cliente dans une situation inextricable voulue par les comploteurs ; Joseph Lieberman, juif orthodoxe, député démocrate et candidat à la vice-présidence en novembre 2000 (voir plus bas), au lieu de prendre la défense politique de Clinton, tient contre lui des propos qui comblent de joie Kenneth Starr ; Starr lui-même, intégriste protestant et sioniste chrétien, est marié à une juive convertie ; et enfin, Benjamin Nétanyahou*, premier ministre israélien, a le bonheur de se trouver au bon moment à l'endroit voulu (voir plus haut). Quelle étrange accumulation de "hasards"...

* Comme le signale Israël Shamir, Nétanyahou est détenteur d'un passeport américain (sous un autre nom).

Mais la liste est incomplète. Il y manque Michael Isikoff, journaliste à Newsweek et fouille-merde à l'origine du scandale, et Lucianne Goldberg, grâce à qui les confidences téléphoniques de Monica Lewinsky sont illégalement enregistrées pour Kenneth Starr. Isikoff et Goldberg occupent une place de choix dans le scénario de l'affaire - détails.

Toutes ces personnes ne sont pas nécessairement conscientes du rôle qu'on leur fait jouer ; la part de manipulation dans l'affaire Lewinsky est sans doute plus grande qu'on ne l'imagine. Mais il semble toutefois que nul n'ait été véritablement contraint d'agir contre sa volonté. Monica Lewinsky elle-même a reproché à Kenneth Starr d'avoir fait pression sur elle. C'est sans doute vrai jusqu'à un certain point, mais le fait que l'ex-stagiaire ait conté ses aventures avec force détails à une douzaine de "confidentes", y compris à sa mère, et le fait surtout qu'elle ait conservé la principale "pièce à conviction" (la robe tachée) pendant plus de deux ans sans la faire nettoyer, autorise quelques doutes quant à son rôle de "victime". Elle a entre-temps engrangé quelques millions pour la publication de ses "aventures" et occupe en 2003 un poste lucratif chez Fox, la chaîne de télévision la plus réactionnaire d'Amérique.

Quoi qu'il en soit, même si le coup de force à froid contre le président a échoué, le lobby sioniste et ses animateurs likoudiens peuvent être fiers des résultats de leur action. En 1993, Clinton avait contribué à mettre en place les accords d'Oslo, annonciateurs d'une paix durable entre Israéliens et Palestiniens. Sept ans plus tard, après l'assassinat de Yitzhak Rabin par l'extrême droite israélienne, Oslo n'est plus qu'une chimère. De concession en reculade, Clinton s'aligne petit à petit sur les positions des sionistes les plus durs. Et quelques mois avant la fin de son second mandat, il devient le parfait auxiliaire de l'Etat d'Israël en faisant tout son possible pour convaincre Arafat d'accepter le "généreux plan de paix" de Barak.



DES MILLIERS D'INITIÉS ?

On a souvent entendu dire, après le 11 septembre, qu'une conspiration était impossible, puisqu'elle aurait nécessité la complicité de milliers de personnes ; plus les initiés sont nombreux, et plus il est difficile de garder le secret. C'est sans doute vrai dans le cas d'une conspiration purement externe. Mais l'affaire Lewinsky montre qu'un mauvais coup monté de l'intérieur obéit à d'autres règles.

Une poignée de comploteurs haut placés dans la hiérarchie de l'administration ou d'organisations influentes suffit pour mener à bien un discret travail de sape. Une décision prise, un ordre donné, une recommandation exprimée, et voilà que des douzaines de subalternes s'activent sans se poser de questions et mobilisent à leur tour des centaines d'exécutants. Chaque démarche, prise séparément, n'a généralement rien d'illégal, ou du moins elle ne sort pas du cadre de l'activité habituelle des intéressés. Comme dans n'importe quelle grande entreprise, très rares sont ceux qui jouissent d'une vue d'ensemble, très rares sont ceux qui songent à mettre en cause leur propre activité. On ne contacte pas les gens en leur disant : voilà, vous allez nous aider à renverser le président élu, vous allez nous aider à établir une dictature. On demande simplement aux gens de faire ce qu'ils font tous les jours ; à la rigueur on les prie de tolérer une exception, de rendre un service, de fermer les yeux. Comme partout, on encourage, on flatte, on fait appel aux ambitions personnelles, à l'esprit de caste, à la fibre patriotique, au réflexe ethnique. En cas de besoin, on menace, on exerce une pression ou un chantage - mais en choisissant bien les sujets à manipuler, la chose devient tout à fait inutile.

Lorsque des services de police ou de renseignement sont en jeu, la tâche est encore plus simple. Obéir aux ordres, agir dans l'ombre, ruser et mentir systématiquement, respecter la loi du silence, ne jamais chercher à en savoir trop : tout cela fait partie de la routine quotidienne de ce personnel.

Evidemment, une complication est toujours possible. Quelqu'un peut être pris de doutes ou de remords, violer les règles de conduite, ne pas tenir sa langue, s'écarter du scénario. Mais ses connaissances forcément fragmentaires garantissent que les dommages causés resteront très réduits. Si le risque est jugé excessif, on a recours aux grands moyens : suicide, accident...

Le fait de ne pas avoir le gouvernement à sa disposition complique la tâche sans toutefois la rendre impossible. Les mécanismes de contrôle créés pour équilibrer les pouvoirs et empêcher une dictature personnelle du président peuvent s'avérer très efficaces pour affaiblir et neutraliser celui-ci, surtout lorsque sa volonté de résistance est quasiment inexistante. Mais pour mettre en oeuvre une politique radicalement différente, le statut d'opposant, même avec de larges appuis à l'intérieur de l'appareil, constitue toujours un handicap. Le pouvoir politique n'est pas une fin en soi, c'est un moyen de progresser plus vite vers le but (économique, stratégique, militaire) qu'on s'est fixé.

A partir de 1999, les comploteurs s'attacheront donc à préparer la reconquête de la Maison Blanche aux élections de novembre 2000.

LE COUP DE FORCE ÉLECTORAL DU 7 NOVEMBRE 2000 :

"Il y a eu un moment plus destructif encore que le 11 septembre : c'est celui où Bush est arrivé au gouvernement en manipulant les élections."
( Falk Richter - dramaturge allemand )

"Pourquoi cet homme est-il à la Maison Blanche ? La majorité ne l'a pas élu. Il est à la Maison Blanche parce que, en ces temps difficiles que nous traversons, Dieu a choisi de l'y mettre."
( le général William Boykin, haut fonctionnaire du Pentagone - cité par le Telegraph - 17 octobre 2003 )


Les candidats en présence : :

Après huit années passées à la présidence, Bill Clinton ne peut plus se représenter en 2000 ; il n'en a d'ailleurs aucune envie. C'est le tandem Al Gore / Joe Lieberman qui défendra les couleurs démocrates. Le candidat à la vice-présidence n'est guère favorable au président sortant et s'est clairement démarqué de lui (voir plus haut) ; Gore, qui brigue le fauteuil présidentiel après avoir été l'adjoint de Clinton, est lui aussi tout le contraire de son ancien "patron" : pincé et puritain. Voilà qui n'est pas fait pour attirer la clientèle démocrate traditionnelle. L'absence totale de charme, d'humour et de charisme de Gore-Lieberman laisse supposer qu'ils n'ont pas la moindre chance de l'emporter. Cependant, face au crétinisme du prétendant républicain, tout paraît possible.

La nouvelle droite, groupée autour du clan Bush, hésite assez longtemps avant de choisir son candidat. George W. Bush père, malgré son expérience du pouvoir et sa conviction qu'on n'est jamais si bien servi que par soi-même, a deux handicaps majeurs : d'une part, son âge (75 ans - mais il est vrai que Ronald Reagan avait à peine deux ans de moins au début de son second mandat) ; d'autre part, ce qui est plus grave, le fait qu'il ait échoué en 1992, après quatre ans de présidence et huit ans de vice-présidence - le loser parfait, le revenant d'une autre époque, celui dont personne ne veut. Il faut donc trouver quelqu'un d'autre.

Faute de mieux, ou parce que Bush père l'exige, le choix se porte sur l'idiot de la famille. Avec une bonne préparation, il fera l'affaire. Peu importe l'image qu'en donnera la presse* ; l'adversaire ne vaut guère mieux. C'est un peu l'équilibre dans la nullité : zéro égale zéro. A chances égales, le petit coup de pouce des comploteurs devrait suffire.

* Les grands médias sont de toute manière acquis au clan Bush ; aucune critique n'est à craindre sur le plan purement politique. Là où un journaliste risque de manifester modérément son "indépendance", c'est dans le domaine de la compétence personnelle du candidat GWB et de son aptitude à diriger le pays.

Arithmétique électorale : :

On sait que le président est élu par un collège électoral composé de grands électeurs désignés au scrutin majoritaire état par état. Le candidat obtenant la majorité simple dans un état est crédité de l'ensemble des votes des grands électeurs de cet état. Il y a au total 537 grands électeurs, ce nombre étant égal à celui des représentants (435 en tout - le nombre de représentants de chaque état est plus ou moins fonction de la population, mais sans proportionnalité directe*) plus celui des sénateurs (100 en tout - soit 2 par état) plus 2 pour le District de Columbia (la capitale fédérale) qui n'élit ni représentants ni sénateurs**. Le résultat du vote des grands électeurs (electoral vote) peut différer du choix exprimé par les citoyens (popular vote). La chose arrive rarement ; elle est acceptée lorsqu'aucune irrégularité majeure n'est signalée ou lorsque les irrégularités de part et d'autre se compensent.

* A titre d'exemple, le Wyoming, avec moins d'un demi-million d'habitants a un représentant ; la Californie, avec 34 millions, en a 52. Si l'on considère le nombre de grands électeurs, le déséquilibre est plus grand encore.

** Dans le pays "le plus démocratique du monde", 500.000 citoyens ayant leur domicile à Washington DC sont privés du droit de vote aux élections législatives et sénatoriales. Comme par hasard, on compte parmi eux 60 % de Noirs et 8 % d'Hispano-Américains. Aux élections présidentielles de 2000, Gore a recueilli 86 % des voix à DC.


En novembre 2000, Gore arrive en tête du vote populaire (avec 51 millions de voix sur 105,4 - soit 48,38 %), devant Bush (50,4 millions de voix - soit 47,87 %). Le 3ème candidat (Ralph Nader du Parti Vert) recueille 2,9 millions de voix - soit 2,7 % ; tous les autres sont à moins de 0,5 %, y compris Pat Buchanan (indépendant de droite). Le taux de participation est de 51,2 % (100 millions d'inscrits ne sont pas allés voter).

Le vote électoral devrait donner 291 voix à Gore contre 246 à Bush, donc une nette victoire démocrate (une avance de 600.000 voix populaires et de 45 grands électeurs). Au lieu de cela, Bush "gagne" par 271 contre 266, car les 25 grands électeurs de Floride lui ont été attribués de manière abusive. Comment a-t-on pu en arriver là ?

Pourquoi la Floride ? ?

Dans les analyses faites avant le scrutin (comme ici celle de L'Hebdo de Genève), on s'attend à un résultat très serré. Sur les 50 états, une douzaine peuvent faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre - en fait un peu moins si l'on y regarde de plus près. Comme l'écrit le Washington Post, si Bush emportait tous les états républicains et plutôt républicains - en tout 251 grands électeurs - il lui suffirait de la Floride pour gagner la Maison Blanche. C'est donc sur cet état que l'attention du clan Bush va se concentrer. Jeb Bush, frère cadet du candidat, y est justement gouverneur depuis 1998. Il sera donc plus facile de "gagner" la Floride que des états comparables comme la Pennsylvanie ou le Michigan, où le clan ne dispose pas des mêmes appuis.

La fraude avant le vote : :

Michael Moore, dans son livre Stupid White Men, la décrit en détail :

Dès l'été 1999, Katherine Harris, ministre de l'Intérieur de Floride et directrice adjointe de la campagne de Bush, charge Database Technologies, une entreprise privée proche du Parti républicain, de "mettre à jour" les listes électorales (coût de l'opération pour le contribuable : 4 millions de dollars). Database raye des registres officiels tous les citoyens coupables ou soupçonnés d'avoir commis un délit, même mineur, soit au total 173.000 personnes (un chiffre à comparer aux 6 millions de votants et aux 537 voix d'écart officiellement enregistrées entre les deux candidats). Quand on sait que l'écrasante majorité des exclus résident dans des circonscriptions à majorité démocrate, que les deux tiers d'entre eux sont des Noirs, et que les Noirs votent à 90 % pour Gore, on comprend le but de la manoeuvre.

Cette opération parfaitement illégale se fait à l'insu des intéressés. En se présentant au bureau de vote, ils apprennent qu'ils n'ont pas le droit de voter ; s'ils protestent, ils se font arrêter et jeter en prison. L'U.S. Commission on Civil Rights (USCCR) signale également d'autres cas frauduleux : électeurs "mutés" dans un nouveau bureau de vote où l'on ne sait rien d'eux, bureaux fermés avant l'heure prévue ou transférés à une nouvelle adresse sans avis préalable, etc...

La discrimination raciale en matière électorale a une longue tradition dans le sud des USA. Dans les années 1960, un Noir qui voulait voter devait "prouver son civisme" en répondant à des questions du genre : "Qui était le quatorzième président des Etats-Unis ?" ou "Que contient le cinquième amendement constitutionnel ?" (95 % des électeurs blancs seraient bien incapables de répondre correctement.) Aujourd'hui on est à la fois plus discret et plus radical.

Manipulation des résultats : :

Le soir du 7 novembre, comme il fallait s'y attendre, c'est de la Floride que dépend l'issue de l'ensemble du scrutin.

Le dépouillement est lent, les résultats arrivent au compte-gouttes. Vers 2 heures du matin, Bush est déclaré vainqueur ; il aurait 500.000 voix d'avance sur son concurrent. Quelques heures plus tard, cependant, on apprend qu'il n'en est rien. C'est un employé de la chaîne Fox News (= Fausses News), un certain John Ellis, qui a lancé "l'information". Comme par hasard, il se trouve que l'homme est un cousin de George Bush. Les autres networks - CNN, ABC, NBC, et CBS - ont repris en choeur la fausse nouvelle. Tous ces réseaux télévisés appartiennent à des géants de l'industrie (Time Warner, Disney, General Electric, Westinghouse) et sont liés au clan Bush. L'unanimité partisane devient ainsi vérité officielle. Curieusement, la proclamation des résultats électoraux aux Etats-Unis n'est pas l'affaire de l'Etat, mais d'un consortium privé, Voter News Service (VNS), mis en place par ces mêmes réseaux.

Mais ce qui serait passé comme une lettre à la poste dans une république bananière d'Amérique centrale ne fonctionne pas tout à fait en Floride - pas encore. Les médias sous contrôle ne peuvent ignorer les protestations qui fusent de partout.

On apprend petit à petit que le dépouillement du scrutin n'est pas terminé, que des urnes ont "disparu", que des bulletins réguliers ont été rejetés ou qu'au contraire, des bulletins irréguliers ont été acceptés. Dans certains districts, on recompte les voix, dans d'autres non. C'est l'anarchie la plus complète. Le monde entier s'étonne ou s'esclaffle en découvrant la réalité électorale américaine. Michael Moore, mi-plaisant mi-sérieux, réclame l'intervention de l'ONU, comme à Timor.

La technologie des années 1960 au service des fraudeurs de l'an 2000 : :

Voter, aux Etats-Unis, ce n'est pas glisser le bulletin de son choix dans une enveloppe que l'on place dans l'urne. Dans le meilleur des cas, cela consiste à cocher une case sur une liste comportant les noms de tous les candidats. Mais les élections sont toujours multiples : on élit le président et un représentant au Congrès, souvent aussi un sénateur, un gouverneur, un député régional, un juge et un shérif, on participe parfois à un référendum portant sur une ou plusieurs questions d'intérêt local ou régional, etc... On a donc plusieurs listes ou une seule grande liste passablement incompréhensible. Le dépouillement n'a pas toujours lieu sur place ; on transporte parfois les bulletins dans un centre de comptage. C'est bien entendu la porte ouverte à toutes les manipulations.

Dans certains bureaux de vote, on utilise des cartes perforées. Là aussi, le décompte se fait à l'extérieur, par les soins d'une entreprise privée. Comme en 1962, les cartes sont disposées dans un lecteur de cartes relié à un ordinateur (qui date probablement lui aussi de la même époque). Si les perforations ne sont pas parfaites, si une carte comporte plus de perforations que prévu ou si une perforation chevauche deux cases, les problèmes commencent. Le cas échéant, les cartes doivent être examinées une par une et décomptées manuellement, ce qui implique un nouveau transport et de nouvelles possibilités de fraude.

On utilise parfois des "machines à voter", où le choix de l'électeur est validé dès que celui-ci actionne un levier. Mais là encore, comme le fait remarquer l'USCCR, ces appareils sont fragiles : "ils sont aussi fiables que les techniciens qui en assurent la maintenance".

Une autre "technique" consiste à noircir à l'aide d'un crayon une case ovale, ronde ou rectangulaire, ou à compléter un dessin représentant une flèche. Les bulletins sont ensuite scannés - sur place ou dans un centre équipé à cet effet.

Dans le comté de Palm Beach, les bulletins mis à la disposition des électeurs étaient si peu clairs que beaucoup de personnes âgées (surtout d'origine juive) croyant voter pour Al Gore, ont en fait donné leur voix à Pat Buchanan - ce qui n'était nullement leur intention, étant donné que ce candidat indépendant de droite est considéré comme "antisémite". Ne pas voter pour Gore, c'était voter pour Bush : la manoeuvre a donc parfaitement réussi. Mais le plus étrange dans ce cas spécifique, c'est que ni Gore ni Lieberman (qui est juif lui même) n'ont donné suite à l'affaire.

The Machinery of Elections   -   Dossier complet de l'USCCR

A lire absolument : Démocratie à l'américaine par Serge Halimi et Loïc Wacquant (Le Monde Diplomatique)

Al Gore fait semblant de résister avant de jeter l'éponge : :

Dès que Fox News annonce la prétendue victoire de George Bush, Al Gore s'empresse de féliciter son concurrent, sans même prendre la peine de consulter ses partisans de Floride, où tout se décide. Lorsque les protestations de la base contraignent les médias à reconsidérer le résultat, Gore retire ses félicitations et demande un recomptage dans certaines circonscriptions. La soi-disant avance du candidat républicain fond à vue d'oeil. Bientôt il n'est plus question que de 1.725 voix, puis de 930, et enfin de 537 - voir les résultats officiels pour la Floride.

Gore se garde bien de contester les irrégularités majeures qui lui ont coûté des dizaines de milliers de voix, pour ne pas dire des centaines de milliers. Il se concentre sur les votes par correspondance, mais sans trop insister. Sur 2.490 de ces votes, 680 ont été décomptés à tort. Or, il se trouve que 80 % des votants de cette catégorie (surtout des militaires en poste à l'étranger) votent pour Bush. Donc, même l'avance supposée de 537 voix est tout à fait aléatoire.

Pendant plus d'un mois, l'opposition de Gore au coup de force du 7 novembre se limite à des escarmouches sans importance, alors que les électeurs et les militants exigent une contre-offensive. Lieberman, de son côté, console les retraités de Palm Beach en leur expliquant que ce qui compte, ce n'est pas tant le nom du président, mais le fait que sa politique soit favorable à Israël. Avec Bush, les Juifs n'ont rien à craindre, au contraire. Tout le reste est secondaire.

Gore laisse traîner les choses en longueur. La presse de droite critique violemment ce qui n'est pourtant qu'un semblant de résistance. Le Wall Street Journal n'hésite pas à inverser les rôles et reproche au numéro un démocrate "une tentative de coup d'Etat". Le 12 décembre, enfin, la Cour Suprême des Etats-Unis, par cinq voix contre quatre, annule une décision de la Cour Suprême de Floride qui avait refusé de reconnaître la victoire de George Bush, car toutes les voix n'avaient pas été comptées. Les 25 votes électoraux sont donc attribués à Bush qui devient ainsi "président".

Les cinq juges fédéraux sont très proches du Parti républicain et du clan Bush, en particulier Antonin Scalia, leur porte-parole : son fils Eugene est avocat dans le cabinet qui défend la cause de George Bush devant la Cour Suprême. Un autre juge, Clarence Thomas, est marié à une responsable de la Heritage Foundation, une fondation de droite qui a activement contribué à mettre sur pied l'équipe présidentielle. Le jugement des Cinq est contestable et contesté, non seulement parce que deux des juges devraient été récusés pour conflit d'intérêts, mais aussi parce que les affaires concernant le déroulement des élections sont du ressort exclusif des états. Gore pourrait, s'il le voulait, contester la décision de la Cour et mobiliser ses électeurs. Il ne le fait pas et reconnaît la "victoire" de GWB, qu'il considère désormais comme "son président".

Al Gore, qui de par ses fonctions préside d'office le Sénat, va plus loin encore dans la lâcheté et l'infamie : il empêche la mise en place d'une commission d'enquête de cette chambre. Il va jusqu'à faire taire ses partisans sous prétexte que leur demande d'investigation n'est soutenue par aucun sénateur. (Michael Moore évoque cet épisode particulièrement honteux dans son film Fahrenheit 911.)

On ignore encore les raisons véritables de l'abandon de Gore et de son état-major, mais il est peu probable que le "vainqueur malheureux" des élections 2000 ait cédé silencieusement sa place sans compensation matérielle. Il est possible, d'un autre côté, que les comploteurs ait exercé contre Al Gore un chantage dont on ignore tout. Le mystère reste entier. En ce qui concerne Joe Lieberman, l'explication la plus logique est qu'il ait été discrètement "travaillé" par des membres éminents du lobby sioniste ou, plus simplement, qu'il ait dès le départ joué le rôle du cheval de Troie au sein du camp adverse.

Il semblerait que la junte portée au pouvoir par le coup de force électoral ne n'engage que dans des batailles dont l'issue ne fait pour elle aucun doute. A-t-elle acheté le silence démocrate comme elle a - peut-être - acheté la capitulation tacite de Saddam Hussein en avril 2003 ?

Quoi qu'il en soit, les auteurs du putsch à froid de novembre 2000 sont prudents. Avant de se lancer dans l'exécution de la phase suivante de leur programme, il laissent s'écouler huit bons mois. Huit mois qui permettront à George Bush de faire oublier la manière dont il a été "élu" ; huit mois qui empêcheront le public de faire un quelconque rapprochement entre le 11 septembre et le 7 novembre.

Heure ALGERIE





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Science, politique internationale, environnement, histoire et énigmes et bien d'autres choses. J'éspère que tout le monde trouvera son sompte ici. Dédié à mon cousin et ami MEHDI (ZZEH), mes amis TAREK (le ptit) et WALID (formagea)
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