Mercredi 01 Février 2006

Thylacinus Cynocephalus - en latin : chien avec poche et tête de loup

En dépit d’évidentes similitudes avec la famille des canidés, les loups en particulier, la Thylacine était un marsupial carnivore aux traits distinctifs très marqués.
Un arrière-train effilé, des pattes relativement courtes, un poil court et ras, de couleur claire, surmonté sur le dos d’une quinzaine de bandes noires horizontales se succédant de la base du cou jusqu’à la queue. Une queue lourde, raide et sans mobilité horizontale. Chez les femelles, une poche ventrale s’ouvrant vers l’arrière. La mâchoire longue, qui pouvait s’ouvrir très largement.
De nature solitaire, nocturne, elle préférait les forêts ouvertes et les prairies avant d’être forcée à se retirer dans des régions plus inaccessibles de la Tasmanie.
La Thylacine ayant disparu de façon prématurée, on ne sait que peu de choses sur la façon dont elle vivait. Il ne nous reste aujourd’hui de cet animal qu’une précieuse collection de quelques photos en noir et blanc.

Il y a plus de 30.000 ans les Thylacines étaient très répandues sur le continent australien et en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Quand, il y a quatre ou cinq mille ans, le dingo, chien sauvage d’origine asiatique, envahit progressivement l’Australie à partir du nord, la Thylacine se retrouve contrainte de partager ses terres de chasse avec lui. Cette compétition forcée a des répercussions dramatiques pour les Thylacines dont la population commence aussitôt à décliner. Le dingo est-il un prédateur plus efficace ? Se multiplie-t-il au point de surpasser la Thylacine en nombre ? Au fil des années la situation se détériore au point qu’il y a deux millénaires, la Thylacine a disparu du continent.

Toutefois, il y a douze mille ans, la montée des eaux qui a suivi la fin de la période glaciaire, a isolé la partie sud du continent. Le dingo y étant absent, la Thylacine a survécu dans cette île qui ne portait encore aucun nom.

En 1642 Abel Tasman navigateur hollandais, nomme cette île, où il est venu jeter l’ancre, "Van Diemen’s Land" en l’honneur du gouverneur de Batavia (à l’époque : le comptoir hollandais dans les Indes Orientales -aujourd’hui : Jakarta-)."Van Diemen’s Land" sera plus tard rebaptisée "Tasmanie" d’après le nom du navigateur lui même.
A terre, un membre de son équipage relève déjà des empreintes de pas rappelant celles du Tigre. La contrée est bien arrosée, le gibier y abonde. Les conditions étant idéales, la Thylacine s’y multiplie. Elle a quelques belles années devant elle, mais ses jours sont comptés.

Au début du dix-neuvième siècle, les Européens, principalement britanniques,, commencent à émigrer vers Van Diemen’s Land. Avec eux, le mouton est peu à peu introduit sur les terres de chasse du prédateur marsupial. Parqué dans des enclos, relativement lent dans ses déplacements et incapable de se défendre, le mouton constitue une proie tentante et facile pour la Thylacine qui ne manque pas de se servir chaque fois que l’occasion se présente.
La réaction des colons fermiers ne se fait pas attendre : la Thylacine est immédiatement traquée, piégée, empoisonnée dans l’île entière.
En 1830, la "Van Diemen’s Land Company", une compagnie pastorale du Nord-ouest de la Tasmanie est la première à offrir une prime pour chaque Thylacine tuée sur ses terres.

Cependant, les rumeurs qui courent sur le compte de l’animal se sont étendues à l’ensemble de l’île où il est désormais reconnu comme un dangereux prédateur. On le connaît désormais sous des appellations évocatrices qui lui conviennent : "le Tigre", sans doute à cause de ses attributs physiques, ou "le Loup", en raison peut-être, de son comportement à l’égard des troupeaux.

Parallèlement, sa réputation n’est plus à faire en dehors du territoire : dans la mère patrie, à Londres, on éprouve de plus en plus de curiosité à l’égard de cet animal étrange qui défie les systèmes de classification zoologiques et terrorise les colons.
En 1850 la Thylacine fait son entrée au "Regent Park", grand zoo de Londres.

Mais le mouvement de chasse aux Thylacines gagne en ampleur, et ceci de façon dramatique. En 1863, John Gould, un naturaliste de l’époque écrit : "A mesure que l’île de Tasmanie, relativement peu étendue, gagnera en population, que ses forêts seront sillonnées par les voies de communication qui relieront les côtes, cet animal diminuera peu à peu en nombre. Le processus d’extermination sera alors en marche, et bientôt, comme le loup en Angleterre et en Ecosse, il ne sera plus qu’un animal du passé." John Gould était-il visionnaire ou simplement lucide ? Car le processus qu’il annonce est bel et bien déjà en marche. En 1884, pour protéger leurs élevages, des fermiers de la côte est se regroupent dans une puissante société d’extermination de l’aigle et du tigre. La société offre des récompenses allant de deux à cinq livres par animal, selon l’âge de la bête.
Quatre ans plus tard, le gouvernement de Tasmanie lui-même introduit son système de prime en offrant une livre par tête, et rachète deux mille soixante-douze peaux durant les vingt années qui suivent.
La chasse à la Thylacine a pris un tour systématique : c’est bien d’extermination qu’il s’agit.

La chance semble décidément tourner le dos à l’espèce : en 1900, une épidémie décime le Diable de Tasmanie ; elle est de toute évidence également responsable d’un important déclin en nombre chez la Thylacine qui commence à se faire rare. Avec le temps, ses apparitions s’espacent de façon spectaculaire, au point qu’elles en deviennent vite exceptionnelles.
Mais le côté exotique de la bête continue de fasciner les foules. Commence-t-on à se douter que les chances de la voir vivante s’amenuisent chaque jour ?
En 1926 le zoo de Londres achète sa dernière Thylacine pour 150 livres.

Où se cache l’animal ? On ne le voit plus. Les naturalistes s’alarment : en 1928 le Comité Consultatif pour la Faune Native de Tasmanie recommande le vote d’une motion en faveur de la protection de la Thylacine. Mais les fermiers s’opposent à ce mouvement.
La proposition est rejetée.

Le 13 mai 1930, à Mawbanna, un petit village du nord-ouest de l’île, le fermier Wilf Batty est alerté par un vacarme inhabituel ; depuis cinq minutes son chien aboie du côté du poulailler. Il passe par la grange pour y décrocher son fusil du râtelier. Comme il contourne l’angle de la bâtisse il aperçoit devant lui, au milieu de la cour, un animal étrange qu’il reconnaît aussitôt. Cela fait longtemps qu’il n’en a pas vu. L’occasion est trop belle : il épaule et abat la bête d’une seule balle, puis alerte les siens. Plus tard, il adosse la carcasse contre l’enclos de son potager et pose pour une photo, accroupi auprès de son trophée, tandis qu’il rassure d’une main son chien visiblement terrorisé par la bête. Wilf Batty est loin de se douter que cette photo le fera passer dans l’infamie pour la postérité : la dernière Thylacine abattue, c’est le triomphe de l’ignorance.

Trois ans plus tard, la dernière Thylacine sauvage connue, un grand mâle, est capturée et vendue au zoo de Hobart. De façon ironique, elle sera baptisée "Benjamin ". Il ne fait, de toute évidence, plus de doute que Benjamin est le petit dernier de la race.

Les mentalités changeant peu à peu, on commence à s’interroger sur le sort du Tigre. En 1936 le gouvernement de Tasmanie change enfin le statut de l’animal en le déclarant "espèce protégée".
Mais il est trop tard. La même année, le gardien de jour du zoo de Hobart oublie de faire rentrer Benjamin dans son abri pour la nuit. Benjamin meurt des suites de son exposition au froid.

Depuis : plus rien.

Des idées neuves, une conscience nouvelle émergent peu à peu. On regrette les erreurs passées. Des tentatives désespérées, destinées à infirmer l’évidence tragique vont désormais se succéder. On jette dans cette nouvelle bataille une énergie comparable à celle qu’on dépensait un siècle plus tôt pour éliminer l’animal.

Peu avant la deuxième guerre, en 1937, le Bureau de la Faune Tasmanienne organise les premières recherches de survivants. On rapporte des apparitions de la bête qui tendent à prouver qu’elle serait toujours en vie sur la côte ouest de la Tasmanie.
Vingt ans plus tard, l’exécution d’un mouton dans la vallée de Derwent est attribuée à une Thylacine. Sur la côte Ouest on photographie d’un hélicoptère un animal portant des rayures sur le dos. De 1963 à 1980, des battues systématiques sont menées par le Dr Eric Guiler en plusieurs endroits des forêts de Tasmanie pour tenter d’isoler la trace d’éventuels survivants de l’espèce. En 1966 il relève même quelques traces de ce qu’il pense être des poils de Thylacine. Malheureusement aucune preuve solide n’est retenue.
A la même époque, un autre zoologiste, Jeremy Griffith, entreprend, avec le soutien de plusieurs fermiers de recherches intensives subventionnées par le quotidien "the Australian" et la "British Tobacco Company". Ils enquêtent sur des comptes-rendus d’apparition de la bête et installent des caméras à déclenchement automatique. Ils ne parviennent à isoler aucune preuve de l’existence de la Thylacine.
Après l’avoir pisté pendant des mois, un naturaliste américain, Jim Sayles, se retrouve face à face en pleine nuit avec un animal qui pourrait être à une Thylacine, mais il n’en est pas vraiment sûr. La Fondation Mondiale pour la Vie Sauvage en Australie alloue une somme de 55000$ aux Parcs Nationaux de Tasmanie pour tenter de retrouver la trace de la Thylacine. Aucun animal n’est découvert.
En 1982, Hans Naarding, un éminent zoologiste raconte avoir vu passer un Tigre à cinq ou six mètres devant le capot de sa voiture. "C’était un mâle adulte, en pleine forme, portant une douzaine de rayures noires sur un poil couleur sable." précise-t-il dans son rapport. En 1984, Charlie Beasley, un ranger des Parcs Naturels de Tasmanie rapporte avoir distinctement aperçu "une créature de la taille d’un gros chien. Sa queue était lourde et semblable à celle d’un kangourou".
D’autres enquêtes ont, depuis, été menées pour un total de plus de trois cents comptes-rendus d’apparitions de l’animal. Aucune preuve de son existence n’a jamais été retenue.

La Thylacine serait-elle devenue la version tasmanienne du monstre du Loch Ness ? Les recherches se poursuivent, mais en 1986, cinquante ans après la disparition de son dernier représentant, la Thylacinus Cynocephalus est déclarée "espèce officiellement éteinte".

De nos jours, on semble se résoudre à accepter l’idée que la Thylacine a bien disparu de la surface de la planète. Mais tout espoir n’est pas perdu. A l’approche du nouveau millénaire on s’est engagé dans une autre voie : celle de la technologie.
En 1999, le Musée National d’Australie a décidé de soutenir des recherches en vue de "cloner" le Tigre de Tasmanie. En 2000, le musée a annoncé l’extraction réussie de cellules d’ADN de bonne qualité à partir d’un embryon de Thylacine conservé au sein de sa collection.
Dans l’avenir, les recherches sur l’ADN se poursuivront. Il faudra encore identifier un hôte possible pour l’embryon, créer des chromosomes synthétiques, tout ceci avant même les premières tentatives de fertilisation dans l’hôte.
Pouvons-nous nous attendre, dans un futur relativement proche, à la naissance du premier petit clone de Thylacine ? Avons-nous seulement le droit de tenter l’expérience ?
Le thème suscite aujourd’hui de nombreux débats d’ordre éthique.

Dans l’attente d’un possible futur, la Thylacine tient la place d’honneur sur les armoiries de l’état de Tasmanie.

Heure ALGERIE





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Pseudo: ADEL KHEBBABCatégorie: ScienceDescription:
Science, politique internationale, environnement, histoire et énigmes et bien d'autres choses. J'éspère que tout le monde trouvera son sompte ici. Dédié à mon cousin et ami MEHDI (ZZEH), mes amis TAREK (le ptit) et WALID (formagea)
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